Incendies : et si la prévention passait aussi par nos paysages ?
En France, neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine, souvent involontaire. Et si la plupart des feux de forêt étaient en partie liés à notre manière peu précautionneuse d’habiter la terre ?
En France, neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine, souvent involontaire. Et si la plupart des feux de forêt étaient en partie liés à notre manière peu précautionneuse d’habiter la terre ? Reflet de notre négligence, nous pourrions presque les considérer comme des « accidents domestiques », avec pour toile de fond le changement climatique : un mégot, un barbecue, un feu rural mal maîtrisé ou l’utilisation inappropriée d’une machine, et tout s’embrase.
Mais ces « accidents domestiques » sont surtout favorisés par l’aménagement actuel de nos territoires : urbanisation anarchique, artificialisation des espaces naturels et plantations de résineux sur de grandes surfaces. En uniformisant artificiellement notre cadre de vie, nous le rendons aussi plus fragile.
Jusqu’alors, notre région a été relativement épargnée par les feux. Mais sa partie sud a récemment été marquée par le vaste brasier du Diois, qui a dévoré 4 200 hectares, essentiellement forestiers et très majoritairement résineux. À l’origine du feu : la foudre.
Le Diois est très différent du massif landais, où l’artificialisation règne et où les territoires sont très accessibles. Ici, c’est plutôt l’inverse : la nature a repris une place importante. Et pourtant, l’origine lointaine du feu est la même : une surexploitation pastorale ancienne, à quoi ont succédé sur de vastes surfaces des reboisements de pins (maritimes pour les Landes, noirs pour le Diois), espèces facilement inflammables, sinon pyrophiles…
Alors, quelles sont les solutions à notre portée ?
C’est dans l’organisation du territoire qu’il faut les trouver : limiter la dispersion des habitations, protéger leurs abords par le débroussaillement et créer des espaces ouverts entre les forêts. L’agriculture a un rôle essentiel à jouer dans ces espaces ouverts, notamment grâce à un pastoralisme réhabilité et adapté aux conditions actuelles.
Il faut également diversifier les forêts, en donnant davantage de place aux chênes et autres feuillus et en intégrant des résineux dans une proportion adaptée. Tout en faisant une large place à la libre évolution, surtout dans le cas du Diois.
L’objectif n’est ni de vouloir retrouver les paysages du passé, ni de tout replanter avec une hypothétique « espèce miracle ». Il s’agit plutôt de faire émerger de nouveaux paysages multifonctionnels, ceux de l’indispensable transition écologique.
Cette transformation prendra du temps. Elle s’appuiera sur les dynamiques naturelles qui se mettent en place après un incendie, mais aussi sur des choix collectifs : moyens consacrés à la prévention et à la lutte contre le feu, gestion et stockage de l’eau, et surtout, loin des solutions toutes faites, concertation entre les multiples acteurs.
Christophe Chauvin
Co-pilote du Réseau Forêt de
France Nature Environnement
Auvergne-Rhône-Alpes
Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes
Le Vendredi 11 septembre 2026
https://www.fne-aura.org/actualites/region/incendies-et-si-la-prevention-passait-aussi-par-nos-paysages/
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