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La libellule et la ripisylve

Comment mieux préserver les ripisylves ? FNE AURA et la FRAPNA se mobilisent auprès des gestionnaires d'espaces naturels et des propriétaires.

La FRAPNA07 œuvre pour une protection plus forte des milieux aquatiques et des ripisylves en Ardèche. Former les gestionnaires d’espaces naturels au repérage des ripisylves d’exception fait partie de ses missions. Le site Natura2000 des landes et forêts du bois des Bartres abrite deux cours d’eau d’une haute valeur écologique : le ruisseau d’Abeau et la Ganière. Leurs atouts sont mis en valeur grâce à l’indice de biodiversité et de connectivité des ripisylves, l’IBCR, développé par FNE AURA.

Ripisylves de la Ganière, commune de Banne, Léa Rami

Les abris racinaires aquatiques

Les rivières d’Abeau et de la Ganière sont très préservées de l’action humaine, elles ne sont quasiment pas aménagées par l’Homme. Un travail de terrain a été réalisé avec la gestionnaire du site, Anaïs Laurioux, ainsi formée à l’utilisation de l’IBCR. Les relevés, pratiqués sur deux tronçons de chacune des rivières, ont révélé une bonne qualité de ripisylve (notes autour de 60-66/100). Sur l’Abeau, de nombreux abris racinaires aquatiques ont été observés. Ils constituent des habitats essentiels pour la faune des rivières. Des études ont également souligné la présence de libellules rares et d’intérêt écologique majeur comme le Gomphe à crochet, la Cordulie à corps fin ou encore la Cordulie splendide. Il s’agit d’espèces patrimoniales, la Cordulie splendide, en particulier, est menacée d’extinction (classée Vulnérable sur liste rouge) et protégée au niveau national.

Un habitat privilégié pour les libellules

Les libellules (ou odonates) sont des insectes qui vivent en étroite connexion avec la ripisylve. Les femelles pondent leurs œufs soit à la surface de l’eau, c’est le cas du Gomphe à crochet, soit dans le substrat (sable, racines des arbres, débris de végétaux…). La ripisylve fournit racines et feuilles, filtre l’eau, limite le réchauffement grâce à l’ombrage, garantissant ainsi de bonnes conditions de développement pour ces insectes.

(Photo: Gomphe à crochets, Onycogomphus uncatus, Alain Ladet)

Une fois adultes, ils utilisent les racines émergées des arbres comme perchoirs de repos. Les libellules deviennent alors la proie de poissons, d’oiseaux et d’amphibiens qui fréquentent, eux aussi, la ripisylve et les abris racinaires aquatiques.

Cordulie à corps fin, Oxygastra curtisii, Alain Ladet

Des pressions anthropiques

Les ripisylves sont soumises à des impacts d’origine humaine. De nombreuses espèces exotiques envahissantes colonisent les bords de rivière et se substituent à la flore et la faune locale. Introduites plus ou moins accidentellement par les humains, elles n’ont pas coévolué avec le reste de l’écosystème. Elles profitent alors de conditions favorables sans souffrir la présence d’aucun régulateur (parasite, maladie, prédateur). Par leur développement rapide et difficilement contrôlable, elles entraînent l’uniformisation d’écosystèmes à l’origine complexe et diversifiés. Les berges de la Ganière sont par exemple fortement colonisées par le Robinier faux-acacia. Cette espèce, originaire d’Amérique du Nord, empêche la croissance d’autres plantes par concurrence à la pollinisation et sa capacité à fixer l’azote atmosphérique dans le sol, modifiant drastiquement les conditions du milieu.

Le changement climatique ne manque pas non plus de mener la vie dure aux ripisylves. L’importance et la récurrence des sécheresses tendent à favoriser les risques d’incendies, en particulier sur ce site forestier. Certaines font donc l’objet d’un entretien régulier pour prévenir ce risque.

 

Journée de formation de l'animatrice du site N2000 Bois des bartres, bois d'Abeau et vallée de la Ganière.

Des efforts à poursuivre pour leur protection

Ce site a été soumis à la Stratégie des Aires Protégées pour l’Ardèche sous le nom de Bois d’Abeau. Il constitue l’une des seules stations en France du Pin de Salzmann, un pin noir qui est la star du bois. Quelques spécimens se cachent d’ailleurs dans les ripisylves. Acquisitions foncières du Département de l’Ardèche, grâce à la politique des Espaces Naturels Sensibles et évaluation de la qualité des ripisylves sont des pistes pour améliorer la préservation de ces milieux. En formant les professionnels à l’utilisation de l’IBCR, notre fédération poursuit son objectif de préservation des ripisylves.

Publié par FRAPNA Ardèche

Le Mercredi 01 février 2023

https://www.fne-aura.org/actualites/ardeche/la-libellule-et-la-ripisylve/

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