— L'essentiel —

La vie disparaît, et alors ?

Les coupables sont parfaitement identifiés, les solutions sont aussi parfaitement connues et les réponses à cet effondrement vertigineux du vivant, qui devrait nous inspirer un sentiment d’urgence absolue, sont bien timides.

Il ne vous aura pas échappé qu’il n’y a pas que des bonnes nouvelles au sujet de la vie sur terre. Le nombre d’animaux sauvages a diminué des deux tiers depuis 1970. Les populations d’oiseaux communs de nos campagnes se réduisent comme peau de chagrin, avec une réduction de plus de 90% des effectifs, comme le bruand ortolan ou l’alouette des champs. Les insectes sont victimes d’un effondrement sans précédent de l’ordre de 80%.

Les coupables sont parfaitement identifiés : la chasse, la destruction des habitats de la faune et l’utilisation massive des pesticides par l’agriculture. Le réchauffement climatique est une menace supplémentaire mais reste bien loin derrière les destructions directes et l’arbre ne peut pas cacher la forêt !

Les solutions sont aussi parfaitement connues : interdire la chasse des espèces en déclin, stopper l’artificialisation des sols, abolir les monocultures forestières, restaurer ce que l’on appelle désormais les « structures agroécologiques » – qui se sont autres que les haies, murets, talus, mares et autres fossés enherbés – et freiner l’usage immodéré des engrais de synthèse et des pesticides dont la responsabilité écrasante dans la disparition du vivant vient d’être enfin démontrée scientifiquement de manière irréfutable.

Les réponses à cet effondrement vertigineux du vivant, qui devrait nous inspirer un sentiment d’urgence absolue, sont bien timides.

Tout d’abord, la loi ZAN, qui a pour but de réduire de 50% l’artificialisation des sols d’ici 2030 et la supprimer à l’horizon 2050. Elle est ardemment combattue par les sénateurs qui, en bons élus des élus, relaient les messages des maires qui voient leur pouvoir fondé sur la distribution de droits à construire s’éroder. Notre gouvernement va-t-il être assez faible pour leur donner raison alors que l’habitat pavillonnaire dispersé est une catastrophe à la fois pour la nature, l’agriculture et le climat ? Il faut à tout prix défendre cette avancée majeure que constitue la loi ZAN et avoir le courage de dire non à ceux qui considèrent nos champs et nos forêts comme des réserves foncières pour leurs lotissements et autres zones d’activités.

Ensuite, il y a la stratégie nationale pour la biodiversité, qui n’est qu’un document creux sans mesure contraignante ni même incitative et surtout sans évaluation, et le réseau Natura 2000 avec ses mesurettes incitatives qui n’ont en rien empêché la dégradation massive des sites censés être protégés. Il n’y a que la protection dite réglementaire des réservoirs de biodiversité et des corridors biologiques qui les relient qui pourrait stopper l’hémorragie mais chacun d’entre nous peut constater l’immense difficulté à obtenir la protection forte d’espaces naturels, qui présentent pourtant une richesse biologique incontestable.

Enfin, les plans de réduction de l’usage des pesticides dits Ecophyto, basés sur des mesures incitatives, n’ont eu pour résultat qu’une augmentation de leur usage. La pollution massive des nappes phréatiques et de l’eau potable par les herbicides, les fongicides et leurs métabolites toxiques couplée à la dramatique extinction du vivant ne devrait-elle pas susciter une nouvelle révolution agricole basée sur les techniques agroécologiques pour réduire drastiquement l’usage de ces poisons ? Eh bien non, l’ANSES relève les normes d’un facteur 10 du métabolite principal du S-metolachlore sous la pression du gouvernement, et lorsqu’elle a le courage d’interdire ce désherbant, le ministre de l’agriculture ose interpeller ces scientifiques qui ont l’outrecuidance de se soucier de la santé publique avant celle de l’agro-industrie. La réponse n’a pas tardé avec une proposition de loi outrancière des sénateurs républicains, dont le but principal est de bloquer toute avancée dans la restriction de l’utilisation des pesticides agricoles.

Il est plus que temps de s’accrocher à la loi « Zéro Artificialisation Nette », de militer pour que les 10% de protection forte du territoire deviennent réalité et que les discours sur la réduction des pesticides et la mutation agroécologique de l’agriculture prenne forme concrète pour garder espoir et croire en la formidable résilience de la nature.

Eric Feraille
FNE AURA

Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes

Le Mardi 30 mai 2023

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