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La pêche électrique, une méthode d’inventaire des populations piscicoles

FNE Ain a participé à un inventaire des populations piscicoles organisé par la Fédération Départementale pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques.

Le mot d’ordre de FNE Ain est qu’il faut connaître la biodiversité avant de pouvoir la préserver, ceci précisément pour pouvoir la préserver efficacement. C’est la raison pour laquelle les connaissances naturalistes sont précieuses à l’association et jouent un rôle non négligeable dans les actions de protection mises en place avec les acteurs du territoire. Or, si certains groupes taxonomiques sont bien maîtrisés à FNE Ain, comme l’entomologie ou la botanique, d’autres restent plus obscurs, en l’absence d’experts sur le sujet. C’est notamment le cas de l’ichtyofaune, c’est-à-dire du règne animal des poissons ! Heureusement, il existe d’autres acteurs dans l’Ain qui ont une connaissance de cette faune particulière, dont la Fédération Départementale pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques (FDAAPPMA). FNE Ain a donc souhaité en savoir plus sur les poissons, en participant à une action organisée par la FDAAPPMA : un inventaire des populations piscicoles sur une rivière aindinoise.

Il faut savoir que la Fédération Départementale pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques (FDAAPPMA) a mis en place un réseau de 52 stations sur les différents cours d’eau de l’Ain, afin d’inventorier les populations piscicoles. Chaque station est ainsi inventoriée une fois par an. Ces inventaires se déroulent du printemps à l’automne, en fonction des débits des cours d’eau et des cycles biologiques des poissons (par exemple, sur un cours d’eau à dominante salmonicole, le frai de la truite a lieu à partir du mois de novembre). L’inventaire suit un protocole bien précis selon une méthode appelée pêche électrique.

FNE Ain a assisté à une de ces pêches au cours d’un inventaire sur la rivière Le Lange (Montréal-la-Cluse) le 19 septembre 2023.

Rivière le Lange à Montréal-la-Cluse

La pêche électrique d’inventaire, qu’est-ce-que c’est ?

Cela consiste, à l’aide d’une anode, à envoyer un courant électriqueans le cours d’eau, ce qui crée une nage forcée puis une tétanie chez les poissons et permet de les récupérer en surface. Les responsables de la pêche remontent le cours d’eau sur un tronçon défini d’une centaine de mètres.

La pêche électrique dans le Lange

Pendant la durée du protocole, les poissons sont entreposés dans des bassines remplies d’eau. Ils sont ensuite pesés et mesurés, par espèce. Cela permet d’accumuler des données et de calculer un indice biologique de la rivière en question.

Les responsables veillent à ce que les poissons passent le moins de temps possible hors de la rivière et que l’eau reste froide et oxygénée. Si les températures extérieures l’exigent, l’eau est ainsi changée régulièrement. Par ailleurs, pour les spécimens les plus fragiles, un produit anesthésiant est ajouté, sans danger, qui permet de leur éviter un stress trop important ou qu’ils ne sautent hors de l’eau, ce qui pourrait leur être fatal.

Les poissons sont triés par espèce

La pêche électrique peut malheureusement causer des pertes chez les poissons mais elles restent très anecdotiques par rapport au cycle de vie quotidien du poisson dans son milieu naturel, qui est loin d’être sans danger. Ces pertes sont également à mettre en parallèle de l’intérêt que représente l’amélioration des connaissances sur les populations de poissons.

Lors de l’inventaire du 19 septembre 2023, les techniciens ont pu identifier des populations de truite, de vairon, de blageon, de loche, de chevesne et d’épinoche. Ce sont des espèces autochtones à ce cours d’eau.

La mesure de la taille des poissons

La mesure du poids des poissons

A quoi sert la pêche électrique d’inventaire ?

Les inventaires faunistiques sont essentiels à la compréhension des espèces et de leurs modes de vie, notamment pour mieux comprendre les perturbations que peuvent connaître certaines espèces. Or, les pêches électriques permettent un inventaire qui se rapproche de l’exhaustivité en un temps record sur un tronçon défini d’un cours d’eau. La perturbation de la faune est modérée puisque les manipulations et le temps de conservation des poissons hors de la rivière sont réduits au strict minimum et que tous les poissons sont relâchés à la fin de l’opération.

Grâce aux pêches électriques, la FDAAPPMA et les associations de pêche recueillent des données sur l’état des populations de poissons dans nos cours d’eau mais également sur la température de l’eau, puisque sont également mises en place des sondes thermiques. Ces dernières collectent des données de température de façon continue, avec un enregistrement toutes les heures, permettant une analyse sur plusieurs années. Actuellement, les données sont ainsi comparables sur 20 années consécutives.

Ces inventaires permettent d’obtenir des données scientifiques sur les impacts du changement climatique sur nos milieux aquatiques. Ainsi, les données thermiques montrent une augmentation constante de la température de l’eau. Or, les salmonidés ont besoin d’une température plus fraîche que les cyprinidés pour vivre. Les jeunes truitelles survivent ainsi difficilement à une température excédant les 19 degrés, contre 23 degrés maximum pour une truite adulte. Ces poissons disparaissent donc plus ou moins de nos cours d’eau, alors que les populations de cyprinidés remontent depuis l’aval des cours d’eau, trouvant des milieux plus propices. Toutefois, ces derniers ne trouvent pas d’habitat qui leur conviennent dans les rivières de montagne, qui ont un débit plus élevé. Au final, certains tronçons de rivière sont ainsi vidés de poissons et en proie à certaines espèces exotiques envahissantes, comme l’écrevisse américaine.

Une truite fario

Par ailleurs, la Fédération de Pêche organise des inventaires de l’écrevisse à pattes blanches, une espèce qui se raréfie dans le département et dans toute la France, notamment du fait de la présence de l’écrevisse américaine, introduite de façon artificielle dans le milieu et qui, répandant la peste de l’écrevisse, contribue à décimer les populations locales européennes. Ces inventaires ne se font pas par le biais d’une pêche électrique mais par l’observation directe des individus et un suivi des lieux connus fréquentés par l’espèce, notamment de nuit.

Pour finir, ces inventaires permettent de comparer la santé d’une rivière avant et après certains travaux et de constater des pollutions. Malheureusement, certaines rivières de l’Ain connaissent de véritables catastrophes en termes de pollution, que ce soit intentionnellement par des déversements de produits toxiques par certains industriels peu scrupuleux ou de façon accidentelle voire inconsciente par des entreprises ou des particuliers (déversement direct au réseau pluvial, assainissement mal raccordé…). Les pêcheurs peuvent constater ces pollutions mais n’ont pas le pouvoir d’agir. Seule l’Office Français de la Biodiversité (OFB) ou la gendarmerie peuvent constater des infractions.

Si vous apercevez une pollution dans une rivière, n’hésitez donc plus : contactez un acteur de l’eau comme l’OFB ou la Fédération de pêche. Vous pouvez aussi devenir une Sentinelle de la nature et envoyer vos alertes à FNE Ain, qui contactera à son tour la police de l’environnement : rendez-vous sur https://sentinellesdelanature.fr/.

Les poissons sont relâchés après l’inventaire

Publié par FNE Ain

Le Mardi 21 novembre 2023

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