La politique « ESOD » évaluée scientifiquement : inefficace et à perte
La liste des espèces classées comme susceptibles d’occasionner des dégâts, les ESOD, et pouvant ainsi être abattues tout au long de l’année, doit être renouvelée par le gouvernement avant l’été. Or, une étude scientifique commanditée par le ministère de la Transition écologique montre l’inefficacité de cette politique publique, tant économiquement que sur la réduction des dommages.
Le 30 juin 2026 sera le dernier jour de validité de la liste officielle établissant quelles espèces sont considérées comme des susceptibles d’occasionner des dégâts, autrement dit les ESOD. Cette liste avait été établie par décret en 2023 pour une validité de trois ans, et comprend quatre mammifères et cinq oiseaux : la belette, la fouine, la martre, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Le gouvernement va devoir en éditer une nouvelle… mais aurait intérêt à s’abstenir au vu des résultats de l’étude qu’il a lui-même commandité.
Une évaluation claire de la politique « ESOD » : inefficace et coûteuse
Cette expression « ESOD » est apparue en 2018 dans le code de l’environnement, remplaçant le non politiquement correct terme de « nuisibles ». Dans les faits, ce n’est qu’un remaniement de langage, les espèces classées comme telles pouvant être abattues tout au long de l’année, sans limite de nombre d’individus et quasiment en toute circonstance. L’article dédié du code de l’environnement précise que cette politique publique, spécifique à la France, a été mise en place « dans l’intérêt de la santé et de la sécurité publiques, pour assurer la protection de la flore et de la faune, pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles et pour prévenir les dommages importants à d’autres formes de propriété. » Le premier arrêté ayant été publié en 2019, cela fait 8 ans que cette politique est mise en œuvre. Jusqu’en début 2026, il n’y avait aucune évaluation de ses conséquences, ni en termes d’efficacité par rapport aux objectifs visés, ni en termes économiques. Mais c’est aujourd’hui chose faite : les résultats d’une étude scientifique portée notamment par le Muséum national d’histoire naturelle et commanditée par le Ministère de l’écologie lui-même viennent d’être publiés dans la revue Biological Conservation. Le message-clé de cette étude est sans appel : l’augmentation de la destruction des individus ne diminue pas les coûts induit par les dommages occasionnés par ces espèces, et la réduction voire l’arrêt de cette régulation n’augmente pas les dommages.
L’abattage des espèces n’empêche pas les dommages causés par ces dernières
Le choix de classer une espèce comme ESOD et d’autoriser ainsi la destruction de ses individus dépend des dommages attribués à cette espèce au cours des trois années précédentes. Or l’étude montre que la déclaration de davantage d’espèces ayant occasionné des dégâts sur trois années n’augmente pas l’année d’après les destruction d’individus, et qu’il n’y a statistiquement pas de preuve que l’effort de lutte sur trois ans soit proportionnel à la quantité de dommages déclarés au cours des trois années précédentes. Par ailleurs, toute espèce confondue, plus il y a de destructions d’ESOD, plus les dommages sont nombreux l’année d’après.
Un coût d’abattage des espèces jusqu’à 8 fois plus élevé que les dommages occasionnés, et toujours supérieur aux dommages même lorsqu’il est sous-estimé
En termes économiques, l’étude montre qu’augmenter l’abattage d’individus classés ESOD ne réduit pas les coûts liés aux dommages, et diminuer voire stopper les destructions n’augmente pas les dommages. Il n’y a pas non plus de lien entre la lutte par la destruction et les coûts des dommages.
Les résultats chiffrés de l’étude sont univoques : cette politique coûte plus qu’elle ne rapporte. Les chercheurs et chercheuses se sont appuyé·es sur les données officielles issues des déclarations des dommages dans chaque département et compilées par le ministère de la Transition écologique. Le coût de ces dommages est estimé par les personnes déclarantes : cela représentent entre 8 et 23 millions d’euros par an entre 2015 et 2022, pour un total sur sept ans de 96 millions d’euros de dommages déclarés. Mais le coût de contrôle est bien plus important : plus de 791 millions d’euros sur la même période, soit 8 fois plus, en prenant en compte le temps passé et les salaires des personnes en charge des destructions, le coût du transport, du matériel (pièges, munitions), de l’utilisation de chiens de chasse etc. Des estimations basses ont également était faites en considérant des salaires au SMIC, et même une simulation sans tenir compte du salaire qui représente le coût le plus important. La conclusion reste la même : le coût du contrôle reste 3,25 et 1,6 fois plus important que celui des dommages occasionnés par les ESOD.
Et l’étude de conclure que puisque ce contrôle par abattage est inefficace, économiquement injustifié et questionnable éthiquement, il est urgent d’orienter la réduction des coûts économiques des dommages en se concentrant sur la prévention, qui elle ne requiert aucune régulation par lutte létale.
Publié par FNE Haute-Loire
Le Jeudi 09 avril 2026
https://www.fne-aura.org/actualites/haute-loire/la-politique-esod-evaluee-scientifiquement-inefficace-et-a-perte/
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