Projet éolien dans les Chambaran : l’Etat rejette la demande d’autorisation
Fait rarissime ! Le 3 décembre 2025, la préfecture a rejeté une demande d’autorisation environnementale formulée par la SAS PARC EOLIEN DE CHAMBARAN, pour l’implantation d’un parc éolien sur le plateau des Chambaran. Ce projet était très décrié par FNE Isère et la LPO, notamment en raison de son implantation entre deux axes migratoires majeurs. FNE Isère est très satisfaite de la décision préfectorale, qui fait suite à un remarquable travail d’investigation réalisé par la commission d’enquête.
Un parc éolien projeté dans une zone à forts enjeux écologiques
Le projet consistait à implanter 10 nouvelles éoliennes et 2 postes de livraison sur le territoire des communes de Saint-Clair-sur-Galaure et de Montfalcon. Le choix du site d’implantation du projet a retenu particulièrement l’attention de FNE Isère, dans la mesure où la zone présente de forts enjeux écologiques concernant la préservation de l’avifaune et de la chirofaune. Le site sur lequel était projeté le parc était situé au sein de zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique de type 1 et 2, au sein d’un site Natura 2000 et au carrefour de plusieurs corridors et réservoirs de biodiversité d’intérêt régional. Enfin – et surtout -, ce parc devait être implanté à proximité d’un couloir de migration majeur pour les oiseaux et en lisière de forêt.
Le projet devait avoir un impact de destruction ou de perturbation, certain ou probable, sur les spécimens de 40 espèces protégées ou leurs habitats : 7 espèces d’amphibiens, 17 espèces d’oiseaux et 16 espèces de chiroptères. Les spécimens de 67 espèces ou leurs habitats pouvaient potentiellement être affectés par le projet : 59 espèces d’oiseaux, 2 espèces de mammifères et 6 espèces de chiroptères.
Le projet était situé au niveau d’une crête qui concentre les courants et favorise le passage des migrateurs à basse altitude. 6 éoliennes étaient situées dans des sites à enjeux forts pour les oiseaux. L’implantation du projet devait avoir un impact direct sur les espèces migratrices. Plusieurs espèces d’oiseaux migratrices protégées figuraient parmi les espèces cibles de la demande de dérogation : Buse variable, Engoulevent d’Europe, Gobemouche gris, Gobemouche noir, Pouillot fitis, Roitelet huppé, Linotte mélodieuse, Hirondelle de fenêtre, Hirondelle rustique, Martinet noir, Fauvette à tête noire, Roitelet à triple bandeau.
S’agissant des chiroptères, la présence d’un boisement à proximité des futures éoliennes augmentait les risques de collision. 2 éoliennes devaient être implantées dans des sites à enjeux forts pour les chiroptères, 6 dans des sites à enjeux moyens pour les chiroptères.
Enfin, le projet devait entraîner la destruction de 1385 m² de zones humides après application des mesures d’évitement et de réduction. Cette surface peut paraître infime au regard des 12,68 ha de zones humides identifiées. Mais les zones humides sont des milieux naturels particulièrement riches et fragiles, qui assurent de nombreuses fonctionnalités écologiques (purification de l’eau, soutien des étiages en période de sécheresse, limitation des crues…). Ces milieux en forte régression ces cinquantes années, constituent de formidables réservoirs de biodiversité. 30 % des espèces végétales remarquables et menacées en France sont inféodées aux zones humides et plus de 50 % des espèces d’oiseaux en dépendent.

©Didier COLLIN - Buse variable (Buto buteo)<br />
Des impacts importants sur l’avifaune et la chirofaune dénoncés par les associations
Le mouvement de FNE est favorable au développement des énergies renouvelables. Augmenter la part d’énergie produite par l’éolien peut nous permettre de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et fissiles. Mais cette perspective est souhaitable, sous réserve qu’elle soit accompagnée de politiques visant à réduire notre consommation en énergie. Par ailleurs, quels que soient les enjeux attachés au développement des énergies renouvelables, tout nouveau projet d’infrastructure ne peut être réalisé au détriment des enjeux liés à la préservation de la biodiversité de nos territoires. Le développement de l’énergie éolienne doit se faire en évitant au maximum les impacts sur l’environnement.
Or, en raison de sa localisation, le projet devait avoir des impacts directs et importants sur de nombreuses espèces de chiroptères et d’oiseaux migrateurs. En outre, le site étant situé à moins de 10 km de trois autres parcs éoliens, les impacts de ce futur projet devaient se cumuler aux impacts des installations existantes.
Le projet a été soumis à enquête publique du 6 janvier au 21 février 2025. Dans le cadre de cette procédure, FNE Isère et Gentiana ont rendu des avis défavorables.
Notre association, tout en s’associant aux observations formulées par Gentiana et la LPO AURA, a considéré que ce projet était contestable à de nombreux égards.
Ce projet particulièrement destructeur pour l’avifaune et la chirofaune, allait contribuer faiblement à l’atteinte des objectifs de production d’énergie renouvelable. La quantité d’énergie produite par ce parc représentait seulement 0,19 % de la production d’ENR produite annuellement et 0,05 % de la production d’énergie électrique totale en région Auvergne-Rhône-Alpes .
L’état initial et l’analyse des impacts de l’évaluation environnementale présentait de nombreuses incomplétudes. Il manquait, notamment, l’inventaire de certaines espèces (bryophytes, reptiles…). De plus, les périodes durant lesquelles les inventaires ont été réalisés n’étaient pas toujours adaptées à la biologie de l’espèce.
Le pétitionnaire n’avait pas analysé les impacts cumulés de son projet avec les autres parcs éoliens voisins, ni recherché de manière sérieuse, d’alternative dans le choix du lieu d’implantation du projet. Seules des variantes très similaires du projet – implantées dans un même secteur -, ont été étudiées. Le dossier ne comportait pas de comparaison des impacts des différents projets sur les espèces protégées. Enfin, les atteintes causées à la biodiversité ne semblaient pas avoir été un aspect déterminant dans le choix d’implantation du projet.

©René DUMOULIN - Hirondelle rustique (Hirundo rustica)
Une décision préfectorale, tenant compte des résultats de l’enquête publique, saluée par FNE Isère
A la demande de la commission d’enquête, un expert a été désigné par le Tribunal administratif de Grenoble pour répondre à différentes questions scientifiques.
D’après cette expertise, dont les résultats ont été rendus le 7 avril 2025, l’évaluation environnementale ne prend pas suffisamment en compte les résultats de travaux scientifiques récents et notamment la problématique de perte d’usage d’habitat dans le voisinage des éoliennes. L’expert considère par ailleurs, que les “niveaux de mortalité par collision et barotraumatisme proposés pour les chiroptères par le maître d’ouvrage ne garantissent pas le maintien des populations dans un état de conservation favorable et ne s’appuient sur aucun argumentaire scientifique”.
Toujours d’après cette expertise, la présence d’un grand nombre d’espèces à forts enjeux est avérée et ce malgré l’ancienneté des études acoustiques. L’expert relève également que ces espèces sont en activité quelles que soient les saisons et avec des niveaux d’activités forts pour plusieurs espèces.
Enfin, l’expert considère que “les paramètres de bridage proposés […] ne permettent pas de garantir la protection de 85% de l’activité des chiroptères, contrairement à l’engagement pris par le porteur de projet.”
Au regard de l’ensemble de ces éléments, la commission d’enquête a rendu unanimement un avis défavorable le 5 mai 2025. Les commissaires enquêteurs ont considéré que “la démarche d’évitement n’a pas été menée à son terme et en toute objectivité par le maître d’ouvrage, ce qui l’aurait conduit inévitablement à ne pas porter son choix final sur ce site”.
Le 12 mai 2025, FNE Isère a écrit à Mme la Préfète pour lui demander de prendre en compte les résultats de l’enquête publique, en n’autorisant pas ce projet de parc éolien.
Le 3 décembre 2025, la préfecture de l’Isère a rejeté la demande d’autorisation environnementale, en considérant, notamment, que le pétitionnaire n’avait pas démontré l’absence de solution alternative de moindre impact et que la mise en œuvre de la séquence “éviter, réduire, compenser” était insuffisante.
FNE Isère salue pleinement cette décision de l’Etat, dans un contexte où l’érosion de la biodiversité est exponentielle. En France, 18 % des espèces ont disparu et 78 % des habitats sont dans un état de conservation défavorable.
Dans l’hypothèse où le porteur de projet engagerait un recours pour demander l’annulation du refus d’autorisation devant les juridictions administratives, FNE Isère n’exclut pas la possibilité d’engager un recours en intervention volontaire, pour venir en soutien de la préfecture.
Plus d’informations sur la procédure : Saint-Clair-sur-Galaure & Montfalcon – SAS PARC EOLIEN DE CHAMBARAN – DAE – Rapports d’enquêtes 2025 – Rapports d’enquêtes – Mises à disposition – Consultations – enquêtes publiques – concertations préalables – déclarations de projets – Publications – Les services de l’État en Isère

© CC BY-SA 3.0 - Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus)<br />
Publié par FNE Isère
Le Mercredi 17 décembre 2025
https://www.fne-aura.org/actualites/isere/projet-eolien-dans-les-chambarans-letat-rejette-la-demande-dautorisation/
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