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Quand les Allues jouent avec la ressource en eau

Alors que la Cour des Comptes vient d’inviter les stations de ski à construire un développement plus équilibré et rappelle que ses recommandations de 2011 ont été peu entendues, des communes de Tarentaise semblent bien continuer sur la lancée d’un développement plutôt débridé !

Lundi 19 mars 2018 Eau Montagne

C’est particulièrement vrai s’agissant de la neige de culture dans un contexte où aussi bien le SDAGE que le Contrat de Bassin Versant appellent à davantage de prudence dans la gestion de la ressource en eau avec les questions de la difficulté d’alimentation en eau potable en hiver, de la demande croissante justement en neige de culture, et des prélèvements maximum lors de l’étiage hivernal.

La FRAPNA venait juste de donner un avis défavorable au projet de retenue de la Masse aux Belleville qu’un autre dossier était mis à l’enquête publique aux Allues, cette fois-ci pour l’extension de la retenue des Combes sous le roc de Tougne, et l’augmentation des prélèvements dans le Doron en contrebas.

 

La disponibilité de la ressource non assurée

Située à 2150 m d’altitude, la retenue actuelle verrait donc sa capacité portée de 70 000 m3 à 150 000 m3 tandis que l’installation d’une troisième pompe permettrait de prélever 375 m3/h au Doron au lieu de 250 m3/h actuellement. L’autorisation est d’ailleurs sollicitée pour un prélèvement annuel de 450 000m3(1) qui permettrait donc de remplir 3 fois de suite la retenue. Pour la FRAPNA, la fonte accélérée des glaciers de Geboulaz et du Borgne qui alimentent le Doron est avérée et la disponibilité de la ressource en eau n’est pas assurée. Le dossier note d’ailleurs que compte tenu du débit réservé de 146 l/s à laisser sur le Doron, « en cas de fort étiage hivernal il est possible que les prélèvements soient impossibles ». Va-t-on alors gaspiller les subventions accordées trop généreusement par la région pour l’enneigement artificiel ?

Autre souci de taille : selon l’hydrogéologue consulté, les travaux risquent fort de polluer les sources qui alimentent le Mottaret. Qu’à cela ne tienne elles seront mises hors service provisoirement. Mais quid de l’après travaux si des pollutions par hydrocarbures venaient à être déplorées ?

Curieusement et malgré la vulnérabilité reconnue de ces sources, l’Arrêté Préfectoral du 19/11/2004 en définissant les périmètres de protection n’interdit pas les excavations et décaissements jusqu’à 10m de profondeur pour l’aménagement du domaine skiable… comme si priorité était donnée coûte que coûte à des travaux tels que ceux contestés !
Reste bien sûr à examiner aussi l’impact du projet sur les espèces protégées inventoriées sur le site en bordure de la Réserve Naturelle de Tueda et avec des accès de chantier jouxtant des zones d’intérêt communautaire. Mais ces impacts d’ailleurs mal compensés, apparaitront accessoires au regard d’une fuite en avant dans l’aménagement peu soucieux du cycle de l’eau.

Jean-Claude MADELON

(1) Ce chiffre est à rapprocher des 7 250 000m3 consommés en 2017 pour l’enneigement artificiel dans tout le département 73 (source : Domaine Skiable de France), l’équivalent de la consommation annuelle, tous usages confondus, de l’agglomération chambérienne (ex Chambéry métropole)

 

Crédit photo : Winter Jarmoluk from Pixabay

Publié par FRAPNA Savoie

Le Lundi 19 mars 2018

https://www.fne-aura.org/actualites/savoie/quand-les-allues-jouent-avec-la-ressource-en-eau/

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