TELECABINE DE LA VALLEE PERDUE
FONTCOUVERTE – LA TOUSSUIRE CONTRIBUTION DES ASSOCIATIONS FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT SAVOIE ET VIVRE ET AGIR EN MAURIENNE
PREAMBULE
L’association agréée France Nature Environnement Savoie (FNE 73), créée en 1970 a pour but la protection de la nature et de l’environnement dans toutes ses composantes sur le territoire du Département de la Savoie.
V. Article 2 des statuts : (…) protection de la nature et de l’environnement dans toutes ses composantes (…) patrimoine naturel (milieu, espèces, ressources), les sites urbanisés, industriels ou agricoles, les paysages.
L’association déclarée d’utilité publique Vivre et Agir en Maurienne existe depuis 1998. Dans son préambule, il est noté les orientations suivantes :
- préserver la qualité de l’eau, la nature, la biodiversité
- sortir du modèle de croissance économique actuel en réduisant la consommation des biens matériels, les déplacements, le gaspillage du foncier et des toutes nos ressources naturelles.
- sortir du “toujours plus”,“toujours plus vite” et des valeurs consuméristes basées sur l’insatisfaction.
- contribuer à la construction d’une société durable, mondialement solidaire…
LE DOMAINE SKIABLE DES SYBELLES
Les gestionnaires des domaines skiables de France ont fait réaliser des études Climsnow.
Le rapport Giraud de septembre 2023 et le rapport de la Cour des Comptes de février 2024 sur la nécessaire transition des communes de montagne pointent du doigt les effets du réchauffement climatique sur les activités liées à la neige.
Que disent ces études, que disent ces rapports ?
- A court, moyen ou un peu plus long terme, l’équilibre économique des stations est menacé et qu’il faut impérativement trouver des solutions pour sortir du tout ski.
- L’exploitation des domaines skiables basée sur le remplacement de la neige naturelle par de la neige artificielle et la volonté des gestionnaires de continuer à vouloir étendre les domaines plus haut en altitude ne reposent sur aucune base économique et posent d’énormes problèmes de préservation de l’environnement, de la ressource en eau et de la biodiversité.
- Il ne faut pas reproduire, pour le tourisme “quatre saisons”, la course à toujours plus d’investissements lourds pour maintenir la fréquentation.
Nous constatons que le système qui a permis le développement débridé des stations, à partir des années 1970, a été mis en place avec un large soutien de l’Etat (Plan neige, loi montagne). Mais, malgré les importants avantages fiscaux accordés à la construction des résidences de tourisme, le nombre de lits froids ne cesse d’augmenter.
Les activités des stations de sports d’hiver sont impactées par le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité, plus vite et plus lourdement que le reste du territoire. Nous notons la nette diminution de la neige naturelle, la fonte des glaciers et la diminution inéluctable de la durée des saisons d’hiver.
Dans le domaine des Sybelles, les stations des Bottières et de Saint Colomban des Villards sont menacées à très court terme. Saint Jean-d’Arves, la Toussuire et le Corbier, à relativement basse altitude, orientées Sud Est, n’ont plus d’avenir à moyen terme.
L’intérêt pour les gestionnaires est donc de favoriser le transfert des skieurs vers la seule partie du domaine qui a encore un peu d’avenir, à savoir St Sorlin d’Arves.
C’est ainsi que sont nés ces projets, d’abord de la télécabine de la Sapinière à St Sorlin en 2023 qui n’a pu voir le jour et enfin celui de la télécabine de la Vallée Perdue.
Ce dernier projet s’inscrit dans cette volonté :
- maintenir à tous prix l’activité ski. Même si les domaines se rétrécissent et les saisons se racourcissent, Il faut permettre à la clientèle de rejoindre le plus vite et le plus confortablement possible les hauts de domaine, quitte à les saturer et à justifier qu’ils aillent toujours plus haut en altitude, contribuant ainsi à la destruction de l’environnement, de la biodiversité et à l’accélération du réchauffement climatique.
- reproduire, pour la diversification des activités toutes saisons, le schéma des investissements lourds (construction de nouvelles télécabines, développement des luges d’été et autres tyroliennes, pas dans le vide et “disneyland” à la montagne) contribuant aussi à l’augmentation des dégats sur un milieu déjà très fragilisé.
LA TELECABINE DE LA VALLEE PERDUE
Ce projet de construction de télécabine s’inscrit parfaitement dans ces 2 logiques. Bien que situé dans l’enveloppe du domaine skiable, il anthropise son seul espace encore vierge.
Nous ne referons pas la liste des lacunes repérées par la Mission Régionale de l’Autorité Environnementale, ni des préconisations fortes émises dans son avis.
Nous nous attarderons cependant sur quelques points :
– l’anthropisation d’un espace encore vierge bien que situé au sein du domaine skiable. Ce à quoi, la société SOREMET répond qu’une piste est déjà tracée. Cette piste noire, à la limite du ski de randonnée est très peu utilisée car tout le temps fermée et n’a rien à voir avec des terrassements conséquents et du coulage de béton pour implanter des pylônes. Il faudra ensuite prévoir la maintenance de la télécabine qui pourrait bien, à terme, générer d’autres terrassements et aménagements.
– le manque de solutions alternatives à un projet très impactant pour l’environnement. Le Plan de la Guerre est déjà desservi par 2 télésièges qui, aux dires des skieurs réguliers, sont loin d’être saturés. Une solution d’implantation d’un téleski ou d’un petit télésiège au sommet du Télésiège “la Tête de Bellard” pourrait représenter une autre solution moins impactante, pour atteindre l’Ouillon.
– L’absence de vision globale de l’aménagement du domaine skiable relié. Nous connaissons au moins 3 opérations sur le domaine des Sybelles :
• l’agrandissement de la retenue collinaire de Saint Jean d’Arves
• le projet de construction luge d’été, tyrolienne à Saint Sorlin d’Arves.
• ”World of Sybelles” devenu “Les Sybelles Domaine inoubliable” avec pas moins de 26 activités.
La SOREMET répond “cela n’a rien à voir”. Or, dans le cadre de l’étude des effets cumulés au même endroit et pour une même exploitation touristique, il faut que ces projets soient intégrés à la vision d’avenir du terrritoire.
Il faudrait ajouter à cela, le projet avorté (mais pour combien de temps ?) de la télécabine de la Sapinière à Saint Sorlin d’Arves. Ce projet présenté à l’enquête parcellaire pour création de servitudes a été stoppé net. En effet, cette enquête parcellaire (destinée aux seuls propriétaires concernés par le tracé) ne pouvait pas permettre au public de s’exprimer sur l’impact environnemental et l’utilité d’un tel équipement.
Cet arrêt forcé du projet a été confirmé par la volonté de M. le Maire actuel de la Commune de St Sorlin d’Arves de ne pas donner suite. Il existe cependant un risque avéré de voir ce dossier ressortir des cartons, compte tenu des élections municipales prévues en 2026, qui pourraient engendrer un changement dans l’équipe municipale.
Sur une éventuelle augmentation de clientèle, la société gestionnaire explique que ce n’est pas le but recherché. Or, ce qu’il faut craindre à ce stade, c’est un basculement de la clientèle Toussuire-Corbier sur St Sorlin (seule partie du domaine viable à moyen terme) et la tentation d’agrandir en direction de l’Etendard et du col de la Croix de fer, avec des impacts environnementaux encore plus délétères.
La biodiversité
L’impact fort à très fort sur la biodiversité (flore et faune) est pointé du doigt dans l’avis de la MRAE. A tel point que la SOREMET devrait envisager une demande de dérogation d’espèces protégées. A l’obligation “d’Eviter” la destruction d’espèces protégées, la société gestionnaire répond “Réduction” et “Compensation”.
Il est totalement insuffisant de transformer un risque fort à modéré en risque faible lorsqu’il s’agit d’espèces protégées.
L’intérêt public majeur nécessaire à la destruction ne peut être invoqué dans le cas présent (construction de remontées mécaniques). Il sera, en l’état, extrêmement difficile de prouver l’intérêt public majeur d’une opération qui, de fait, pourrait faire l’objet d’alternatives moins impactantes.
Un des reproches fait à l’étude d’impact est de ne pas avoir balayé l’ensemble du secteur. L’excuse trouvée par le bureau d’étude est une panne de signal GPS. Cette partie de l’étude d’impact devrait être reprise, complétée. L’enquête publique devrait être suspendue pour permettre d’obtenir ces compléments.
L’hydrologie et la ressource en eau
Le fait qu’une zone humide ne soit pas répertoriée ne prouve pas qu’elle n’existe pas. En l’état, la preuve n’est pas apportée que des travaux dans une zone aussi fragile ne risque pas de provoquer des dégats importants et irréversibles.
Nous avons bien compris qu’il n’y aurait pas de nouveau réseau d’enneigement artificiel dans ce secteur mais il s’agit d’une combe très irriguée où le moindre coup de pelle mécanique peut déstabiliser, de fait, tout le réseau hydrographique, avec des conséquences majeures.
L’adaptation au changement climatique
Ce projet, du fait de la disparition progressive mais rapide de l’enneigement naturel, est l’archétype même de l’inadaptation au changement climatique.
Le domaine skiable des Sybelles est déjà largement impacté : Les Bottières n’existent plus (le retour “ski aux pieds” a disparu). St Colomban des Villards étudie la possibilité d’une fermeture dès la saison prochaine. Toussuire et Corbier sont en sursis. Si Saint Sorlin d’Arves peut encore espérer quelques belles saisons, il faudra qu’elle compose avec un domaine skiable de plus en plus restreint, surfréquenté du fait des importantes constructions de lits qui ont continué, ces dernières années dans l’ensemble des stations du domaine.
Les clients accepteront-ils de payer à prix d’or des forfaits de ski qui se justifiaient sur 300 kms de pistes et qui ne seront plus compétitifs sur 50 kms ?
Pour le domaine des Sybelles, l’adaptation au changement climatique consisterait, effectivement, à aider les stations du domaine déjà fortement impactées et non pas à construire de nouveaux équipements.
Ces équipements existants ou à construire ne verront peut-être pas la fin de leur amortissement et risquent de devenir des friches touristiques dont la déconstruction et la remise en état des terrains reviendront à la collectivité. Les remontées mécaniques étant un service public délégué, les gestionnaires auront tôt fait de ne pas en assurer la déconstruction.
A cela, il faut ajouter les risques naturels qui auront tendance à s’amplifier avec le changement climatique.
L’étude jointe au dossier pointe de nombreux risques naturels dans la zone : les avalanches et les glissements de terrains obligent à une adaptation importante et forcément coûteuse du projet (choix rigoureux de l’implantation des pylônes).
Une personne, habitant La Toussuire et désirant rester anonyme, nous a signalé un important glissement de terrain lors de la construction de la gare amont de la Télécabine du Bois. Or la gare aval de la Télécabine de la Vallée Perdue se trouve à proximité.
Pour toutes ces raisons et le fait qu’il est vital pour les générations futures de préserver des zones encore sauvages, nous émettons un avis très défavorable à la construction de cette télécabine de la Vallée Perdue.
Comme son nom l’indique, cette combe doit rester éloignée du business engendré par le tourisme et conserver son caractère sauvage.
Publié par FNE Savoie
Le Mercredi 23 juillet 2025
https://www.fne-aura.org/nos-avis/savoie/telecabine-de-la-vallee-perdue/
Partager