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L’espèce du mois : le gypaète barbu

Le Stoc (le programme de Suivi Temporel des Oiseaux Communs) révèle que les populations d'oiseaux ont chuté d’environ 30% en 30 ans. Il y a tout de même de bonnes nouvelles : un jeune gypaète barbu est né dans le PNR du Vercors en avril 2022. Cette éclosion exceptionnelle est l'occasion de revenir sur une espèce qui demeure menacée, même si elle bénéficie aujourd'hui de programmes de protection. Son apparence, son mode de vie et son histoire, notamment sa relation avec l'Homme, sont riches d'enseignements pour comprendre un animal - le plus grand rapace d’Europe ! - qui reste très sauvage.

Mercredi 04 mai 2022 Biodiversité

Pourquoi le gypaète est-il barbu ?

Les longues plumes noires qui entourent son bec donnent l’impression qu’il porte une barbe, d’où son nom de gypaète barbu ! Ses yeux perçants, cerclés de rouge, ressortent bien sur cette partie noire de son visage. Le reste de son plumage est très contrasté, ses ailes et sa queue sont gris argenté tandis que sa tête et son corps sont plutôt clairs, de blanc à orangé. D’ailleurs, ce rapace aime prendre des bains de boues ferrugineuses, pour teinter son ventre couleur rouille.

Il n’existe pas de dimorphisme sexuel nettement identifiable. Ces charognards pèsent entre 5 et 7 kg et leur envergure varie entre 2,6m et 2,9m. En vol, il est facilement reconnaissable grâce à cette taille imposante, mais aussi à sa queue en forme de losange.

Crédits photo : Noel Reynolds - https://www.flickr.com/photos/29237715@N05/

Un grand nettoyeur de la montagne

Le gypaète barbu se nourrit essentiellement d’os, ce qui contribue au nettoyage des massifs et endigue la propagation des maladies. Il transporte dans ses serres les os prélevés sur des carcasses, et afin de les briser, il les laisse tomber sur des éboulis rocheux, ce qui lui vaut son surnom de « casseur d’os ». Cette technique nécessite un apprentissage, le juvénile la teste dans les semaines suivant son premier vol.

Ce charognard vit plutôt en haute montagne, où il peut plus facilement s’alimenter en hiver grâce aux animaux morts dans les avalanches. Il niche de préférence dans les falaises et parois rocheuses, avec des courants thermiques lui permettant de parcourir de longues distances sans effort.

A l’âge adulte, vers 7 ans, le gypaète peut se reproduire. Le mâle et la femelle doivent bien se choisir, car ils resteront fidèles l’un envers l’autre toute leur vie. Chaque hiver, un couple peut élever un gypaèton, mais la période de ponte est très sensible, le taux d’échec de reproduction est fort chez ce rapace. Le nid est garni de fourrures de cadavres d’animaux, que le couple ramène en volant à basse altitude.

Longtemps considéré à tort comme un tueur d’animaux ! 

Le gypaète est un animal sauvage qui a longtemps fait peur aux êtres humains. Parce qu’il ressemble aux aigles, qu’il prélève parfois de la laine de moutons pour bâtir son nid (alors qu’il ne se nourrit que de cadavres), il est considéré à tort comme un tueur d’animaux – quand ce n’est pas un mangeur d’enfants, un « oiseau du diable ».

 

À partir du XIXème siècle, il est donc quasiment exterminé et au cours du XXe siècle il disparaît de la plupart des massifs montagneux du pourtour méditerranéen. En France, il figure actuellement sur la Liste Rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) dans la catégorie “En danger”, classé dans la catégorie des espèces menacées à l’échelle mondiale dont la conservation mérite une attention particulière de niveau 1.

Heureusement, la connaissance scientifique progresse et commence à faire évoluer notre regard. Depuis les premières réintroductions dans les Alpes françaises en 1986, un réseau d’observateurs s’est mis en place pour suivre les oiseaux libérés, ce qui a permis l’installation de 8 couples reproducteurs dans les Alpes françaises. Mais les experts sont unanimes sur la nécessité d’augmenter la répartition spatiale de l’espèce sur tout l’arc alpin pour accroître la population. Le site du programme Life Gypconnect liste les menaces qui pèsent encore sur cette espèce vulnérable : les risques de collision avec les câbles électriques, les dérangements sur la zone de nidification, l’empoisonnement ou les tirs de chasse…

Un œuf éclos dans le Vercors, après 100 ans de disparition

Avec la naissance du premier gypaète sur le Vercors depuis au moins un siècle, le long travail entrepris par le Parc naturel régional en 2007-2008 franchit une étape essentielle.

Aux dernières nouvelles, le gypaéton né le 27 mars, a survécu à son premier mois puisque ses parents continuent de l’alimenter et de surveiller le nid en alternance. Le prochain rendez-vous sera sa première sortie du nid pour se dégourdir les pattes. Un moment que les membres de l’équipe du projet attendent avec impatience durant le mois de mai… afin de le voir pour la première fois ! Il est en effet inobservable pour l’instant. Actuellement de la taille d’une poule selon les estimations, il devrait atteindre sa taille adulte vers l’âge de 3 mois, à la fin du mois de juin… en attendant le premier envol, pas avant 4 mois.

D’ici là, la zone de nidification est surveillée et protégée, comme le précise le site du PNR du Vercors, qui a publié des cartes du périmètre et des mises en garde.

Un bel exemple de sauvegarde de la biodiversité qui illustre comment la mobilisation conjointe des personnes et des moyens peut donner l’espoir d’inverser une tendance qui semblait fatale. Même si cette « renaissance » demeure fragile : c’est donc une affaire à suivre.

Illustration : bookchin_paleo

Publié par FNE Isère

Le Mercredi 04 mai 2022

https://www.fne-aura.org/actualites/isere/lespece-du-mois-le-gypaete-barbu/

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