Le projet Tony Parker et ses opérations immobilières associées : des aménagements touristiques (trop) ambitieux, à l’avenir très incertain
Depuis quelques années, plusieurs opérations d’aménagement sont projetées à l’échelle de la station Villard / Corrençon. S’ils venaient à se concrétiser, ces aménagements se traduiraient notamment par la construction de 1 150 lits touristiques supplémentaires sur le plateau du Vercors. Mais ces opérations, très décriées par de nombreux habitants et plusieurs associations, ne sont pas prêtes de se réaliser. Le Préfet coordonnateur de massif vient de refuser de délivrer une des autorisations indispensables à la réalisation des aménagements projetés à Villard-de-Lans. Par ailleurs, des actions contentieuses seront très probablement engagées contre l’autorisation de défrichement nécessaire aux aménagements sur Corrençon-en-Vercors.
Rejet de la demande d’autorisation d’unité touristique nouvelle structurante projetée à Villard-de-Lans
L’ancien basketteur, Tony Parker a, ces dernières années, impulsé un projet consistant à créer un complexe touristique haut de gamme à Villard-de-Lans. Ce projet prévoit, notamment, de construire dans la zone côte 2000 sur une surface de plus d’1,7 ha :
- 700 lits touristiques,
- des équipements sportifs et des commerces.
Ces aménagements n’auront pas d’impact direct sur les milieux naturels, dans la mesure où il est prévu de les implanter sur le parking principal actuel . Toutefois, l’augmentation de la capacité d’accueil touristique à l’échelle du domaine risque d’augmenter de manière significative les besoins en eau potable, à des périodes où la disponibilité de la ressource est la plus faible.
Accueillir plus de touristes suppose également d’être en capacité de traiter des volumes d’effluents plus importants.
Or, le caractère karstique du plateau du Vercors rend les enjeux concernant la gestion quantitative et qualitative de la ressource en eau, encore plus prégnants sur ce territoire.

La station de Villard-de-Lans, février 2024 © Hélène TAUNAY
Le projet avait fait l’objet d’une demande d’autorisation d’Unité Touristique Nouvelle structurante (UTNs), soumise à la participation publique en avril 2025. Dans le cadre de cette procédure, FNE Isère avait rendu un avis défavorable.
Notre association estime que ce projet touristique n’est pas véritablement pérenne, équilibré et réaliste ; notamment au regard des effets du changement climatique et de son accélération.
Nous avions demandé la réalisation d’une évaluation environnementale globale sur l’ensemble des aménagements projetés à l’échelle de la station Villard-Corrençon ; et qu’il soit porté une attention particulière aux impacts sur la gestion quantitative et qualitative de la ressource en eau.
Le 15/09/2025, le préfet coordonnateur de massif a rejeté la demande d’autorisation UTNs. Pour fonder sa décision, le préfet a pris en compte, notamment, les incertitudes persistantes sur la disponibilité de la ressource en eau, ainsi que la forte mobilisation citoyenne à l’encontre du projet. Il conclut : “malgré les évolutions apportées au projet, les analyses actuellement disponibles ne permettent pas de disposer d’éléments probants, complets et suffisamment consolidés pour évaluer de manière fiable les effets et les impacts environnementaux, sociaux et économiques de cette unité touristique nouvelle structurante”.
Et à Corrençon-en-Vercors, d’autres opérations d’aménagement ?
En complément du projet Tony Parker, il est prévu de créer au Clos de la Balme à Corrençon-en-Vercors, sur une surface de 2 ha:
- un ensemble immobilier de 450 lits touristiques
- des places de stationnement.
Ces aménagements nécessitent la réalisation préalable de travaux de défrichement sur une surface de plus de 6 000 m2.
Ces travaux auront un impact direct sur un milieu naturel présentant des enjeux en termes de biodiversité. Les parcelles concernées sont comprises au sein :
- d’une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type II
- d’une Zone d’Importance pour la Conservation des Oiseaux (ZICO).
Le site est également situé à proximité d’une ZNIEFF de type I. Le secteur abrite des espèces protégées, notamment une espèce de mousse (Buxbaumie verte).
Photo : Buxbaumie verte © GENTIANA
Une partie des travaux de défrichement a été réalisée entre l’été 2019 et l’été 2020 sans aucune autorisation. Suite à la commission de ce délit, le parquet a proposé une transaction pénale.
Postérieurement à ces travaux, une demande d’autorisation de défrichement a été déposée. Ces travaux ont été soumis à évaluation environnementale et à la participation du public en avril 2025. Dans le cadre de cette procédure, FNE Isère avait rendu un avis défavorable.

Défrichement Corrençon-en-Vercors, octobre 2025 © Hélène TAUNAY
En perspective, de futures démarches pour freiner les ambitions démesurées des aménageurs
FNE Isère apporte une attention toute particulière à la préservation des espaces naturels en montagne et à leur biodiversité. Les territoires de montagne sont particulièrement menacés par l’accélération du changement climatique. Phénomène qui bouleverse les équilibres naturels mais également les économies locales, dont les moyens de subsistance reposaient jusqu’à présent essentiellement sur le tourisme hivernal. Ces profonds bouleversements doivent, selon nous, conduire rapidement les acteurs du territoire à opérer un changement de paradigme ; notamment en matière d’activités touristiques et d’aménagement du territoire.
Les aménagements touristiques projetés à l’échelle de la station Villard / Corrençon ne nous semblent pas répondre à cette nécessité. Créer plus d’un millier de nouveaux lits touristiques dans une station de moyenne montagne n’est pas souhaitable au regard des perspectives.
Les différents aménagements projetés sont présentés comme tournés vers un tourisme “quatre saisons”, alors que le modèle proposé est toujours aussi dépendant de l’exploitation du domaine skiable. Or le ski est un produit voué à disparaître à cette altitude. Ou qui nécessitera des aménagements coûteux et très impactants pour l’environnement (construction de retenue collinaire, extension du réseau de neige artificielle…).
Par ailleurs, les demandes d’autorisation de ces différentes opérations d’aménagement souffrent de nombreuses incomplétudes, qui ne permettent pas d’appréhender correctement les enjeux environnementaux. Ainsi, l’étude d’impact accompagnant la demande d’autorisation de défrichement à Corrençon est très incomplète. Son état initial ne tient pas compte de l’état des milieux antérieur à la réalisation des travaux illégaux. Ces lacunes biaisent profondément la mise en œuvre de la doctrine “éviter, réduire, compenser”.
Enfin, au regard des espèces présentes sur le site, la demande d’autorisation aurait dû être accompagnée d’une demande de dérogation à la réglementation relative aux espèces protégées.
Le 25/08/2025, la préfète de l’Isère a délivré une autorisation de défrichement “avec réserves”. La préfecture indique que “préalablement aux travaux de défrichement, le Maître d’ouvrage devra solliciter et obtenir […] une dérogation de destruction d’espèces protégées[…]”.
Aussi, FNE Isère a décidé d’engager – aux côtés de l’association Vercors Citoyens – toutes les démarches nécessaires pour obtenir le retrait ou l’annulation de cette autorisation.
Publié par FNE Isère
Le Vendredi 03 octobre 2025
https://www.fne-aura.org/actualites/isere/projet-tony-parker-un-projet-damenagement-touristique-trop-ambitieux-a-lavenir-tres-incertain/
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