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Aix-Les-Bains : des arbres en sursis

Soutenue par la communauté d’agglomération Grand Lac, la commune d’Aix-les-Bains s’est lancée dans un aménagement très complexe, proche du centre historique, à la place des anciens thermes nationaux désaffectés, eux-mêmes construits sur des thermes gallo-romains. Un aménagement disproportionné au cœur d’une « Réserve de Biosphère ». Le projet en cours comporte notamment 2 tours de 13 étages et un immense parking souterrain. En détruisant leurs racines, les travaux du parking pourraient induire l’abattage de huit arbres emblématiques proches de l’esplanade de l’Hôtel de Ville, au moins deux magnolias et six platanes.

Mercredi 22 juillet 2026 Villes et territoires

Urbanisme et démocratie

Depuis quelques temps le public, plus ou moins averti, découvre une tenture du projet déroulée sur la façade des anciens thermes dont une partie serait volontairement et heureusement préservée au titre du patrimoine.

Présentation du projet vu de l’esplanade de l’hôtel de ville et début des travaux (c) Ch. Bernard

Projet initial

La construction d’un parking souterrain – « 358 places » (avec un minimum de 344) – sous les anciens thermes, va de paire avec « la construction d’un ensemble immobilier de 34 055 m² de surface plancher qui devraient se répartir entre logements (18 378 m² – 219 logements – dont 3 630 m² de logements locatifs sociaux – 55 logements -), commerces et restauration (6 364 m²), bureaux (3 346 m²), équipements publics (5 967 m²) », avec des espaces liés à la vie culturelle et associative.

Ces chiffres proviennent du rapport du commissaire enquêteur désigné pour suivre l’enquête publique concernant la « Procédure intégrée pour le Logement – PIL – pour la reconversion des anciens thermes d’Aix les Bains », qui s’est déroulée du 22 novembre au 22 décembre 2022.
Réglementairement parlant, le dossier d’enquête publique est une pièce maîtresse de l’information du public ; il concernait la mise en comptabilité du PLUI – Plan local d’urbanisme intercommunal – de Grand Lac et le permis de construire déposé par la SCCV du Sillon Alpin, propriétaire des lieux et maître d’ouvrage du projet, en lien avec Bouygues Immobilier et la SAS (Société d’aménagement de la Savoie).

L’enquête publique semble s’être déroulée sans « déclaration d’intention » et sans « concertation préalable », donc avec une information minimale des habitants de Grand Lac et des riverains. Ces derniers vont pourtant subir encore plus de pollutions et de nuisances avec les voitures circulant en plus grand nombre sur l’avenue Charles de Gaulle et l’avenue Lord Rovelstoke.

Malgré l’ampleur du projet et son emprise sur le cœur historique de la ville, le commissaire enquêteur a observé une faible participation du public : seulement 68 dépositions : 60, 7 % sont défavorables, 18, 1 % favorables ou avec réserves et les autres sont inquiets, neutres ou en demande de précision. Aucun avis déposé en dehors de ses permanences : le commissaire s’interroge sur un « tel déficit de démocratie participative des citoyens ».

Suite à sa consultation de l’étude d’impact liée à l’enquête publique (qui désormais n’est plus disponible en ligne), la MRAE (Mission régionale de l’Autorité environnementale) a noté les perturbations potentielles des eaux pluviales et souterraines (avis défavorable de l’hydrogéologue agréé), bruit, vibrations et évacuation des gravats issus des travaux : 18 900 m³ de déblais issus des travaux de parking souterrain, et entre 51 300 et 61 500 m³ de matériaux issus de la déconstruction.
Vu l’importance de ces questions sur le plan de l’environnement, reste à confirmer que la préservation de la ressource en eau et celle des réseaux sont bien prises en compte dans le projet final et que, par ailleurs, les gravats sont correctement traités et recyclés, dans un département en déficit de site de dépôts (voir l’Avis autorité environnementale)

La mise en compatibilité du projet avec le PLUI a été arrêtée le 23 juillet 2023 (désormais sans contentieux possible) ; cela a laissé libre-cours au projet de « construire la ville sur la ville », y compris sur les vestiges gallo-romains repérés par les fouilles archéologiques préventives.

Aujourd’hui, après une récente révision du permis de construire, la mairie affiche : 234 logements (dont 60 logements sociaux), 5 900 m2 de commerces, 455 m2 de restaurants, 5 000 m2 de bureaux, 1 nouvelle place publique et 365 nouvelles places de stationnements… 96 places – avec parmi elles les plus impactantes pour les arbres – pourraient constituer un parking mitoyen des 244 places publiques déjà existantes sous l’Hôtel de Ville et 269 places (privées) seraient en plus attribuées au complexe résidentiel, avec ses bureaux et ses commerces.

Voir l’article Réaménagement du quartier des anciens thermes.

Travaux en cours (c) Ch. Bernard

Au-delà de l’opportunité d’un emplacement exceptionnel saisie par les promoteurs, nous serions curieux de savoir si le nombre de place de parking en plein centre ville – sans projet alternatif de mobilité douce – reste bien raisonnable et sur quelles bases les besoins immobiliers et commerciaux ont été déterminés ?

Une partie du patrimoine historique, témoin de plusieurs époques, est préservée stricto sensu, et cela constitue un défi important. Cependant le risque est grand de dénaturer la qualité de vie des riverains, l’eau nécessaire à la ville et aux thermes Chevalley, et, au final, l’équilibre de l’ensemble de l’agglomération.

Grand Lac, « RÉSERVE DE BIOSPHÈRE »

Le territoire de Grand Lac – 28 communes – a obtenu le label international « Réserve de Biosphère »  par l’UNESCO. Il a été validé en septembre 2025.

« Cette distinction souligne l’équilibre exemplaire entre préservation de la biodiversité, dynamisme économique et qualité de vie ».
Ainsi, la communauté d’agglomération Grand Lac a su montrer de nombreux atouts pour obtenir ce label. Il s’agit maintenant d’incarner cet « équilibre exemplaire » et d’orienter les projets dans cette direction, notamment en conservant les arbres existants, aussi bien sur les berges terriennes du lac qu’en milieu urbain.

Les berges du lac (c) Ch. Bernard

A l’heure où les canicules se répètent les six platanes encore susceptibles d’être abattus du fait de l’agrandissement du parking de l’Hôtel de ville, tiennent une place importante dans le paysage urbain et créent une transition appréciable entre le magnifique parc de Verdure et l’esplanade plutôt minérale de l’Hôtel de ville.
Ces arbres élargissent le territoire de la faune du parc. Des nids d’oiseaux d’espèces protégés tels que le Corbeau freux ont été récemment observés par des membres de la LPO. De nombreux indices de nidification font pressentir la présence d’espèces de plus petites tailles – toutes intégralement protégées – telles que : Mésange bleue, Mésange charbonnière, Sitelle torchepot, Pinson des arbres, Chardonneret élégant, Merle noir, Verdier d’Europe, Etourneau sansonnet… Non protégé, le beau Pigeon ramier est également présent.

Quant aux magnolias, qui aux dernières nouvelles pourraient être épargnés, ils ont également toute leur place en ce lieu historique proche de l’Arc de Campanus, d’autant que des nids d’oiseaux tels que le Rouge-gorge et le Moineau domestique (espèces protégées) y ont été observés.

Les magnolias (c) Ch. Bernard

On ne nous fera pas croire que les balcons végétalisés des tours pourraient durablement créer une « forêt verticale » et compenser les arbres existants, et en particulier les platanes qui ont échappé à des élagages trop sévères.
Il serait surprenant que la « forêt verticale » puisse abriter des oiseaux protégés tels que ceux qui ont été observés. Leur habitat ne peut pas être détruit (arrêté du 29 octobre 2009 ), sauf dérogation qui ferait mauvais effet au sein de la « Réserve de Biosphère ».

Sollicitée pour apporter son soutien au cours de la procédure qui a mené à cette labellisation par l’UNESCO, FNE Savoie avait su rester prudente.

Nous espérons aujourd’hui que la programmation de couper des arbres sans raisons sanitaires sérieuses et étayées, est seulement une mauvaise interprétation de ce que signifie le label « Réserve de Biosphère », et pas une nécessité absolue pour des places de parking non indispensables en centre ville.

Publié par FNE Savoie

Le Mercredi 22 juillet 2026

https://www.fne-aura.org/actualites/savoie/aix-les-bains-des-arbres-en-sursis/

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