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— Nos avis —

Micro-centrale sur le torrent de Pussy

Menace sur la vie aquatique à la Léchère

Mercredi 20 mai 2026 Eau

Dans toute la Savoie, la très grande majorité des ruisseaux et torrents de montagne sont équipés de micro-centrales hydro-électriques. Il ne reste alors dans ces ruisseaux que 10 % du débit mensuel moyen annuel.

La Savoie produit deux fois plus d’électricité qu’elle n’en consomme.

RTE (Réseau de Transport d’Electricité) a dû exporter l’année dernière 10 % de la production électrique française, parfois à des prix négatifs, l’obligeant à de multiples reprises à débrancher des parcs photovoltaïques et moduler la production des centrales nucléaires, plus particulièrement en été.

Avec une obligation de rachat très avantageuse pour le producteur d’une micro-centrale, des projets sur les derniers ruisseaux restés à l’état naturel sont cependant encore soumis régulièrement à enquête publique en Savoie.

Comme pour d’autres projets, FNE Savoie avait émis un avis défavorable pour le projet de micro-centrale de Pussy, à la Léchère, près de Moutiers, essentiellement en raison d’atteintes à la vie aquatique du ruisseau, d’un bilan incomplet des GES (Gaz à Effet de Serre) et d’une demande d’exploitation trop longue au vu des incertitudes sur le changement climatique. D’autant que ces micro-centrales produisent peu en hiver et ne sont pas adaptées pour apporter une solution aux problèmes de pics de consommation hivernaux, aspect très important pour RTE.

Les raisons de l’opposition de FNE Savoie

FNE Savoie a eu connaissance avec retard de l’avis du commissaire enquêteur sur le projet de micro-centrale de Pussy et le conteste fermement sur deux points majeurs :

  • Sur la réduction de la durée d’exploitation : La société Domona ayant demandé une autorisation de fonctionnement d’une durée de 50 ans, le commissaire enquêteur néglige une proposition de la MRAE en ces termes : Toutes les recommandations de la MRAE (Mission Régionale de l’Autorité Environnementale) font l’objet de réponses que l’on peut estimer adaptées : Une seule recommandation n’est pas prise en compte : « réduire à 20 ans la durée d’exploitation » : la durée d’exploitation reste à justifier (éventuel problème d’amortissement financier ?). Pourtant notre avis précise bien ceci. Extrait page 5 : « Par ailleurs, le pétitionnaire indique un retour sur investissement inférieur à 9 ans. Ce scénario sur 20 ans a été rejeté de la part du commissaire enquêteur sans aucune prise en compte des données financières objectives qui le permettent. Et nous ajoutons : « Le pétitionnaire sollicite une durée d’exploitation de 50 ans. Cette durée apparaît incompatible avec la prise en compte du changement climatique. Les modélisations de l’évolution des débits (et de leurs impacts) à ce pas de temps sont complexes et présentent une grande incertitude. D’autant plus que sur ce dossier, la fiabilité de l’évaluation du module apparait très incertaine. Les exemples de microcentrales à l’arrêt plus longtemps que prévu par manque de débit sont de plus en plus nombreux ces dernières années » ! Et les pages 10 à 12 justifient des prévisions de baisse forte des débits d’étiage. »

 

  • Ensuite sur la faiblesse des bénéfices environnementaux dont nous avons donné une analyse détaillée. Le commissaire enquêteur rejette notre avis en ces termes : « Plusieurs associations considèrent comme inutile la création de microcentrales. Ces observations sont hors sujet du projet précis de Pussy ». Ceci est parfaitement injustifié. Il est vrai qu’une partie de nos analyses remet en cause l’utilité de nouvelles micro centrales dans nos montagnes en rappelant un avis des élus du SCoT de Tarentaise, un avis que le commissaire enquêteur considère hors sujet  : Les élus locaux donnent leur préférence à d’autres ENR. Août 2024 « Le potentiel de développement des énergies renouvelables sur le territoire du SCoT Tarentaise-Vanoise concerne essentiellement le solaire photovoltaïque et thermique, le bois-énergie ainsi que les PAC aérothermiques et géothermiques » voir page 9 de notre avis.

De plus, notre analyse du dossier montre la pauvreté des informations sur le bilan carbone donc sur les émissions des GES liées à de la construction de l’ouvrage. Nous regrettons que le commissaire enquêteur ait négligé notre demande d’information. Ce manque d’informations sur les émissions GES de la construction de l’ouvrage est contraire à la convention d’Aarhus1. Les émissions de GES parfaitement délétères pour l’environnement, font parties de ce champ. Nos remarques et nos demandes d’informations, parfaitement légales sur ces émissions de GES, n’ont pas été prises en compte dans son rapport. Nous le regrettons vivement.

Si FNE Savoie n’est pas favorable à la poursuite de l’équipement en micro-centrale de ruisseaux supplémentaires, par contre, FNE préconise la mise à niveau des grandes centrales de barrage, pouvant augmenter la production d’électricité décarbonée de façon bien plus significative sans atteinte supplémentaire à l’environnement. C’est ainsi que la récente mise à niveau de la Centrale de La Coche au-dessus de Moûtiers a permis une augmentation de production équivalente à la production d’une trentaine de micro-centrales du type de celle de Pussy.

 

  1. 1. La convention d’Aarhus signée le 25 juin 1998 par trente-neuf États, est un accord international qui vise à améliorer l’information environnementale fournie par les autorités publiques, à favoriser la participation du public à la prise de décisions ayant des incidences sur l’environnement (par exemple, sous la forme d’enquêtes publiques) et à étendre les conditions d’accès à la justice en matière de législation environnementale et d’accès à l’information.
(c) Jean Kerrien

Publié par FNE Savoie

Le Mercredi 20 mai 2026

https://www.fne-aura.org/nos-avis/savoie/micro-centrale-sur-le-torrent-de-pussy/

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