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Les lavoirs, la biodiversité menacée

Évoquer le patrimoine, c’est, pour la plupart des habitants du département, parler des bâtiments anciens, châteaux, églises, villages de caractère, donc le patrimoine bâti. On y adjoint depuis quelques décennies du bâti considéré jusqu’alors comme moins important, les murgers, les grangeons, les cadolles et… les lavoirs.

Mardi 06 décembre 2022 Biodiversité Eau Villes et territoires

Les lavoirs étaient des structures indispensables à la vie du village aux temps où l’eau courante sur l’évier n’existait pas, non pour laver le linge comme on le dit trop souvent, mais pour le rincer. Plus d’un millier seraient recensés dans l’Ain, parmi eux, certains sont anciens et ont une valeur architecturale certaine. Toutefois, si la plupart sont récents et construits entre 1860 et 1900, ils avaient toute leur importance sociale dans le village (Cruiziat et al., 2013).

« Les femmes au lavoir vers 1850 en France. » <br /> Wikmedia CC-BY-SA-4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr

Une tendance récente de mise en valeur du petit patrimoine et de sa conservation a le vent en poupe, ce qui est louable. Pourtant, c’est oublier que depuis les années 1960 au moins, ces structures ne sont plus utilisées et sont souvent retournées à un état plus naturel.

Plus naturel ? Comment peut-on écrire cela à propos d’une construction humaine me direz-vous ?

Pour deux raisons. La première, parce que ces lavoirs étaient construits là où il y avait de l’eau. Parfois au bord d’une rivière ou d’un ruisseau, mais très souvent à l’emplacement d’une source qui garantissait – au moins le pensait-on – une eau propre et claire. Ces sources sont des havres pour la biodiversité en particulier pour les amphibiens, les crustacés et les insectes. La seconde, parce qu’après l’abandon de la lessive au lavoir, ce dernier s’est souvent rempli de sédiments, parfois tombé en ruines et que tout naturellement, amphibiens, crustacés et insectes (dont les libellules !) sont venus recoloniser ces habitats délaissés par l’homme.

Soixante ans plus tard, le naturaliste en quête de salamandres, tritons, libellules sait combien ces anciens lavoirs sont de précieux réservoirs de biodiversité, parfois au cœur d’un village.

Hélas, de plus en plus souvent, il découvre un lavoir auparavant débordant de vie, transformé en bac à poissons rouges, ou à géraniums. À l’heure où l’on parle de biodiversité ordinaire, de la nature dans nos communes, d’Atlas de la Biodiversité Communale, comment peut-on sacrifier des populations animales, mais aussi végétales sur l’autel de la restauration du patrimoine bâti ?

< < Un lavoir rebouché et mis en fleurs dans les Vosges.

Ne nous méprenons pas, c’est important. Dans notre Bugey, karstique, les sources pérennes sont rares et souvent elles ont été captées ou utilisées comme lavoirs. Pour nos amphibiens, crustacés et insectes, elles sont les seuls points d’eau disponibles : nettoyer un lavoir, l’assécher pour y mettre des fleurs, c’est leur interdire toute possibilité de reproduction sur des kilomètres. Même les plantes n’y échappent pas. En 2007 et 2008, nous découvrions avec étonnement que la Renoncule à feuille de lierre, réputée disparue du département depuis les années 1950, était encore présente sur deux lavoirs autour de Bourg (Krieg-Jacquier et al. 2016). Hélas, le lavoir de la Perrinche à Viriat est menacé par l’introduction de poissons, de plantes exotiques et par un curage récurrent, quant au lavoir de Rosepommier à Saint-Just, sa restauration et la modification des fossés attenants ont entraîné la disparition de l’espèce. Triste constat de voir une espèce qui s’était maintenue pendant plusieurs décennies, être éradiquée en quelques heures.

 

Plus récemment, nous avons été témoins de curages de lavoirs dans le Bugey, en Bresse, en plaine de l’Ain, sans la moindre attention aux espèces animales et végétales qui avaient trouvé là un petit coin tranquille auprès de ces humains qui prétendent aimer la nature. Rappelons que certaines espèces animales et végétales sont protégées par la Loi, c’est le cas des amphibiens, de certaines libellules ou de l’Écrevisse à pieds blancs.

< < Un des nombreux exemples de curage de lavoir fait avec bonne volonté, mais dramatique pour les espèces présentes sur le site.

Il faut donc se mobiliser ! Engageons-nous, FNE, LPO, associations naturalistes diverses et variées à faire connaître et reconnaître l’importance de ces lavoirs pour la biodiversité, et à discuter comment concilier la conservation du patrimoine avec la conservation de la biodiversité.

La première chose à faire est d’aviser les élus locaux et les associations de préservation du patrimoine par mail ou en les rencontrant.

En cas d’atteinte à la biodiversité du lavoir, saisissez une alerte sur le site https://sentinellesdelanature.fr

 

Lavoir Rosepommier à Saint-Just<br /> Photo Regis-Krieg-Jacquier

Lavoir de la Perrinche à Viriat<br /> Photo Regis-Krieg-Jacquier

Renoncule à feuilles de lierre

Cruiziat, Y., Thouny, F., Gouilloux, L., Namian, Singier, N. et Office de tourisme de Meximieux, (2013). Lavoirs de l’Ain. Patrimoine des Pays de l’Ain, N° 10.Bourg-en-Bresse 120 p.

Krieg-Jacquier R., Deliry C. et Roncin P. (2016). Redécouverte de Ranunculus hederaceus L. 1753 (Ranunculales, Ranunculaceae) dans le département de l’Ain (France). Bull. mens. Soc. linn. Lyon, 2016, 85 (7-8) : 261 – 271.

 

Auteur : Regis Krieg-Jacquier

Publié par FNE Ain

Le Mardi 06 décembre 2022

https://www.fne-aura.org/actualites/ain/les-lavoirs-la-biodiversite-menacee/

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