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Hold Up entre Banne et Pré Cohadon

Un projet d’accaparement d'une partie d’un captage d’eau potable au dessus de Murat le Quaire par la société Aquamarck au profit des magasins Leclerc, avec en plus des risques certains pour la biodiversité.

Jeudi 25 avril 2024 Eau

La Banne d’Ordanche est un véritable repère visuel sur la crête du Sancy, elle surplombe un vaste plateau constitué d’empilement de coulées de laves, entre lesquels sont présents de précieux aquifères.

Sur le coté NO de la Banne, dans la pente, des sources et rus alimentent pour une partie le bassin de l’Allier, depuis les ruisseaux de Verdeix et Ricolas se réunissant au Trador puis dans la Miouze coulant vers la Sioule et l’autre partie le bassin de la Dordogne depuis la Ganne (selon les lieux ruisseau des Paillets ou du Clos…) puis plus bas devenant Loubière, Clidane et Chavanon se jetant dans la Dordogne. Miouze et Ganne passent à quelques centaines de mètres de part et d’autre du village de Pédaire sur le bord du plateau de la Banne.

On a ainsi des têtes de bassin très proches pour les 2 bassins de l’Allier (Loire Bretagne) et de la Dordogne (Adour Garonne).

vue d'ensemble au dessus de Murat

Un projet d’accaparement de l’eau d’un captage d’eau potable pour l’instant « sous-utilisé » au dessus de Murat le Quaire par la société Aquamarck au profit des magasins Leclerc nous a interpelés. Question de principe mais aussi inquiétudes par rapport au déficit en eau en aval et risque d’atteinte à la biodiversité.

Nous avons pris connaissance des documents de la demande d’autorisation, nombreux et difficiles à comprendre (dénominations des cours d’eau, contradictions etc..). Ainsi selon les documents, le Pré Cohadon, plan d’eau de Murat le Quaire, est traversé par la Loubière, le ruisseau des clos, la Ganne….nous choisirons la Ganne !!

Aquamarck demande ainsi de bénéficier de 175 000 m³ en plus des 350 000 m³ qu’il exploite à Laqueuille à partir de 3 forages relativement profonds, dans la vallée du Ricolas, bien au dessus de Murat. Le nouveau situé dans le bois des Paillères plus bas et appelé « Paillère 3 » (plus superficiel) sera relié à l’adduction des forages précédents par 5 kms de canalisations, commençant par monter coté Miouze et suivant les courbes de niveau en traversant les communes de St Sauves et Laqueuille, dans des zones sensibles et nécessitant des franchissements de ruisseaux

La source P3 fournit certes de l’eau potable à la réserve des captages Paillères P4 et P5 de Murat le Quaire, mais aussi un « excédent » ou « rejet » ou « source non captée » ou « source aval » (selon les documents) dans le milieu naturel, entre autres au niveau du « canal communal » et de la Ganne. Comme elle est en tête de bassin, tout eau non captée peut aussi couler et s’infiltrer et contribuer aussi naturellement à la circulation de l’eau en aval.

Ainsi, le plan d’eau « Pré Cohadon » est alimenté par la Ganne pour 1/3 et pour 2/3 par ce « canal communal » qui passe tout près du P3. Ce canal collecte en fait les sources et eaux superficielles dans le haut du bois de Paillères, et descend vers un point d’eau transformé en 1987 en plan d’eau. On peut supposer que le canal, créé en 1946, répondait à des besoins : sans doute pour les agriculteurs et pour renforcer la Ganne. Ce canal amont bien que d’origine humaine peut être considéré comme un cours d’eau alimenté par des sources et à écoulement permanent, et contribue avec la Ganne au plan d’eau.

En 2022, des cyanobactéries ont proliféré dans cet étang, on sait donc qu’elles sont maintenant présentes et le moindre déficit en eau va accentuer son mauvais état. Aussi un débit réservé est prévu dans le projet au niveau du plan d’eau, mais avec une diminution importante de débit au niveau d’un petit canal aval (très peu cité) qui va se jeter dans la Dordogne vers la Bourboule. Aquamark prétend dans sa réponse que bien que les apports amont diminuent en cas de fonctionnement du captage pour Aquamark et que le canal aval soit très diminué voire coupé, non seulement on assurerait un débit réservé dans le plan d’eau mais qu’en plus le débit de la Ganne augmenterait !!!!

Enfin depuis 2015, il est clair que la pluviométrie locale a diminué et que ceci retentit sur la recharge des nappes.

Nous devons donc prendre des précautions pour l’avenir comme l’ont signalé 23 agriculteurs et GAEC, qui ont déjà constaté des diminutions d’écoulements naturels en tête de bassin.

Une demande d’autorisation formalise le projet d’Aquamark et est soumis à Enquête Publique, il contient en annexe 3 conventions signées en 2018, la principale avec la mairie de Murat le Quaire, les 2 autres concernant le passage des canalisations dans leur communes avec les maires de St Sauves et Laqueuille. Il est amusant de constater que Aquamark est « l’occupant » dans ces conventions. Une rétribution est prévue dans ces 3 conventions, mais il est clair que seule la convention avec Murat est soumise à autorisation, les autres s’appliqueront automatiquement.

Or il s’avère que la communication officielle a été très restreinte sur Murat et absente sur Saint Sauves et Laqueuille.

La MRAE, l’UD DREAL, l’OFB et l’ARS ont émis des réserves importantes !! .

Beaucoup de citoyens s’opposent à la mise en vente sous plastique d’une eau potable normalement destinée à tous gratuitement et considèrent ceci comme une aberration dans le contexte du partage équitable de l’eau : les captages sont des biens communs au service de tous et peu à peu viennent à manquer, même dans notre région autrefois considérée comme un « château d’eau ».  Soit ils sont fermés par perte de ressources soit abandonnés momentanément ou définitivement pour cause de pollutions. Et pourtant dans un contexte d’interconnexions à prévoir, tout captage est très important.

Nous devons aussi mesurer le risque déjà amorcé de perte d’eau « naturelle » dans le secteur et des atteintes à la biodiversité à prévoir, sur le bassin versant de la Ganne, donc de la Dordogne .

Nous connaissons les difficultés des communes et l’intérêt d’un apport de financements pour elles. Mais en l’occurrence la qualité de l’eau sera à surveiller, il s’agit d’eau « superficielle », ce sera plus une eau de table qu’une eau de source !!. La réaction en 2022 du plan d’eau (eutrophisation en cours objectivée par les cyanobactéries) laisse à présager des difficultés pour la survie de celui ci.

Enfin les investissements et aménagements vont entraîner des frais importants pour Aquamark, dans un contexte où l’actualité sur les microplastiques oblige à revoir l’embouteillage au sens large. IL faut que la société garantisse aussi une surveillance du captage de façon à réduire les prélèvements an cas de besoins pour l’eau potable. Mais pour la biodiversité ???

Nous ne pouvons que nous opposer à ce projet

Toute remarque sur cet article est acceptée et pourra figurer dans l’article si elle parait utile, vous pouvez nous contacter sur puy-de-dome@fne-aura.org

Publié par FNE Puy-de-Dôme

Le Jeudi 25 avril 2024

https://www.fne-aura.org/actualites/puy-de-dome/hold-up-entre-banne-et-pre-cohadon/

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