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Le GLYPHOSATE

Le glyphosate : comment en sortir rapidement

Dimanche 16 août 2020 Agriculture

Le glyphosate : comment en sortir rapidement

Présentation du désherbant « Glyphosate »

Le glyphosate est un herbicide systémique non sélectif. Sa molécule (N-phosphonométhyl glycine) est un analogue structurel d’un acide aminé, la glycine, qui inhibe la biosynthèse des acides aminés aromatiques dans les plantes. Breveté par Monsanto en 1974, il est passé dans le domaine public en 2000. Les préparations commerciales contiennent en plus des adjuvants dont la nature n’est pas connue ; ces additifs sont destinés à augmenter l’efficacité du principe actif. Le glyphosate est dégradé dans les sols et dans l’eau en AMP (acide amino-méthyl phosphonique) avec une ½ vie de l’ordre de 40 jours.

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé dans le monde et en France où plus de 9.500 tonnes de principe actif sont consommées chaque année. A l’échelle mondiale, la vente de glyphosate rapporte 5 milliards $ par an au lobby des industries agrochimiques, ce qui explique leur détermination à le défendre !

La nocivité du glyphosate[1]   Tandis que de nombreux articles scientifiques mettent en évidence les effets délétères du glyphosate (et de l’AMP) sur l’environnement, et que le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer) l’a classé en 2015 comme « probablement cancérogène », l’Anses (Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’Environnement et du Travail), l’EFSA (European Food Safety Authority) et l’ECHA (European Chemicals Agency) ont estimé « qu’il n’est probablement pas cancérigène ». Afin de clarifier ces divergences, le Gouvernement français a saisi l’Anses avec la mission de préciser la toxicité du glyphosate. Un appel à candidatures pour la réalisation de ces études complémentaires a été lancé en juillet 2019 et un soutien de 1,2 million d’euros provenant du plan Ecophyto 2 a été affecté à ce programme. Par suite de critiques sévères ayant porté sur la sélection de certaines équipes, l’Anses a décidé le 23/07/2020 de retirer le consortium coordonné par l’Institut Pasteur de Lille et de ne maintenir que le projet du CIRC consacré à l’étude des effets génotoxiques du glyphosate. Un tel revers met bien en lumière le poids des lobbys industriels dans ce dossier.

Les réglementations sur le glyphosate    Face aux risques annoncés et sous la pression des citoyens, l’utilisation du glyphosate a été interdite en France dans les espaces publics le 01/01/2017 et sa vente a été interdite aux particuliers le 01/01/2019 ; elle n’est actuellement autorisée que pour les professionnels. La Commission européenne a maintenu son autorisation pour le désherbage agricole jusqu’en 2022. Dans une annonce faite le 27/11/2017, le Président de la République indiquait que « le glyphosate serait totalement interdit en France au plus tard dans 3 ans », puis dans un débat-citoyen organisé à Bourg-de Péage en janvier 2019, il déclarait « Est-ce que l’on peut dire qu’il n’y aura plus du tout de glyphosate dans trois ans, impossible. Je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas vrai” ! Il est désormais clair que la France suivra les décisions qui seront prises par l’UE en 2022 comme le demande la FNSEA.

Les usages courants du glyphosate estimés à partir des déclarations des agriculteurs    La majorité (98%) du glyphosate est utilisé en inter-culture. D’autres usages mineurs sont indiqués : (i)- pour contrôler les adventices présents dans les cultures ou en bords de champs ; (ii)- sur des cultures porte-graines pour la production de semences ; (iii)- pour la dessiccation avant récolte ; (iv)- pour le rouissage sur sol du lin.

Remarque : Bien qu’interdite depuis décembre 2019, il est vraisemblable que la dessiccation pré-récolte au moyen du glyphosate ait été poursuivie lors de la campagne de moisson 2020 !

Les déclarations révèlent que les applications de glyphosate augmentent avec la taille des exploitations. Ainsi, les parts de surfaces traitées au glyphosate sont respectivement de 14, 23 et 40 % pour les exploitations de moins de 150 ha, 350 ha et celles de plus de 350 ha de SAU.

L’intensité du travail du sol (semis direct, cultures simplifiées, labour occasionnel ou fréquent) est décisive dans le recours ou non au glyphosate. Selon Carpentier et al. (2020)[2], la simplification du travail du sol nécessite davantage de traitements au glyphosate. Ainsi, 86%, 39%, et seulement 8% des surfaces sont traitées au glyphosate en semis direct, en cultures simplifiées et en terres labourées, respectivement.

Les doses de glyphosate utilisées varient de 775 à 895 g/ha selon la sensibilité des plantes ciblées, ce qui représente un coût moyen de 20 €/ha de produit commercial employé.

Quelles sont les alternatives au glyphosate ? [La recherche doit s’impliquer dans ce domaine]    Le glyphosate est une composante essentielle des méthodes de culture mises en place depuis 50 ans. C’est un outil indispensable aux grandes cultures spécialisées, lorsque ces dernières sont conduites de manière hautement intensives et très mécanisées. Les agriculteurs impliqués dans ce système sont devenus « addicts » au glyphosate et ne peuvent plus s’en passer, d’où l’expression « d’une agriculture biberonnée au glyphosate » utilisée dans le rapport de l’assemblée Nationale publié le 13/02/2019[3].

Il semble illusoire de vouloir remplacer le glyphosate par une autre molécule chimique aussi efficace, aussi peu chère et répondant aux exigences de protection de l’environnement et de la santé des citoyens. Attendre de pouvoir disposer d’un tel produit pour retirer le glyphosate est une attitude qui relève de l’imposture.

­Il est donc indispensable de modifier les pratiques culturales actuelles. En premier, il faut écarter les monocultures qui sélectionnent les bio-agresseurs, dont les vivaces. La rotation des cultures est un modèle très ancien qui a fait ses preuves au niveau du maintien de la fertilité des sols et du contrôle des adventices, ces deux facteurs étant essentiels pour la production agricole.

­Le travail du sol et le désherbage mécanique en inter-culture ou en début de culture sont d’autres moyens pour contrôler les adventices en l’absence de glyphosate (Reboud et al, 2017)[4]. Ces traitements mécaniques consistent à les arracher, les porter en surface pour qu’elles sèchent ou les enfouir. Parmi les techniques disponibles on distingue (i)- les rouleaux hacheurs[5] qui n’impactent pas le vie du sol ; (ii)- les outils qui travaillent le sol en surface (cultivateur, déchaumeur, herse, sarcleuse, bineuse) ; (iii)- le travail profond du sol sans retournement (sous-soleuse, roto-bêche, cultivateur à dents ou à disques) ; (iv)- le labour qui retourne la terre et enfouit la végétation de surface, ce qui perturbe fortement la vie des sols.

­Des méthodes thermiques par brulage au gaz ou à l’électricité, ou par baisse de la température du sol, sont disponibles mais elles sont difficilement applicables à de grandes surfaces et peuvent altérer la biosphère des sols.

­La couverture des sols avec des engrais verts, du paillage, des écorces, des bâches, des voiles désherbants bloque la photosynthèse et interdit la croissance des plantes

­Le désherbage électrique est une technique nouvelle[6] qui consiste à appliquer sur le sol une tension de 6.000 volts générée par un groupe électrogène actionné par la prise de force du tracteur qui porte le dispositif. Au contact de cette haute tension, les cellules des plantes sont détruites ce qui entraine la mort irréversible des végétaux de couverture. Ce système « XPower » produit par la société suisse Zasso est distribué via le réseau Case New Holland.

Conclusion     L’usage du glyphosate est un élément essentiel du modèle productiviste de l’agriculture. Il suffit de voir la réaction des agriculteurs concernés et de la FNSEA, ferme soutien de ce système, pour s’en convaincre. Pourtant, il semble évident que des mesures d’interdiction doivent être prises rapidement compte tenu des effets délétères graves que présente ce produit à l’égard de tous les organismes terrestres et aquatiques, et de l’homme en particulier. Le puissant lobby international de l’agrochimie n’est pas prêt de céder à cette injonction. Il sera nécessaire de compter sur toutes les forces citoyennes et sur un courage lucide et responsable de nos dirigeants pour y parvenir.

Enfin, dans le calcul du bilan financier généré par la sortie du glyphosate, il est essentiel d’inclure l’ensemble des dépenses concernant la réparation des dommages occasionnés par le glyphosate (environnement, santé) et payés actuellement par la collectivité. Les premiers rapports sur ce sujet sont très incomplets !

[1] Voir les chapitres 4 et 5 de l’ouvrage intitulé « Biodiversité, Agriculture et Services Ecosystémiques », Editions Œconomia, publié en 2019, ISBN 9791092495102

[2] Carpentier A., Fadhuile A., Roignant M., Blanck M., Reboud X., Jacquet F., Huyghe C., Alternatives au glyphosate en grandes cultures. Evaluation économique. 2020, INRAE, 159 pages

[3] http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion-eco/l15b1677_rapport-fond#

[4] Reboud X. et al, 2017.Usages et alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. Rapport Inra à la saisine Ref TR507024, 85 pages.

[5] http://agriculture-de-conservation.com/ROULAGE-DES-COUVERTS-UNE-TECHNIQUE.html

[6] https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=rCOh8hVXECE

 

   Jean-Pierre Jouany, association GREFFE adhérente de FNE63

 

Publié par FNE Puy-de-Dôme

Le Dimanche 16 août 2020

https://www.fne-aura.org/actualites/puy-de-dome/le-glyphosate/

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