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Faut-il interdire le trail en montagne ?

Faut-il interdire le trail dans nos montagnes ? La réponse est évidemment non. Faut-il réglementer cette pratique de course à pied libre en zone sensible ? Faut-il laisser tout faire ? Faut-il également et surtout faire preuve de pédagogie ?

Mercredi 19 novembre 2025 Montagne

Diverses études, dont l’une toute récente, publiée dans la revue britannique « The British Ecological Society » ainsi que les travaux de Pascal Marchand, chargé de recherche de l’OFB de Montpellier (Office Français de la Biodiversité), centrés essentiellement sur le bouquetin, mettent en avant l’existence de « couloirs de la peur » pour les animaux. Quand des coureurs s’élancent par milliers, parfois de nuit, comme à l’ultra-trail du Mont-Blanc à Chamonix, voilà qui n’est pas neutre. En Savoie, le président du parc naturel du massif des Bauges s’interroge sérieusement sur la pratique du trail de nuit.

Fuir les couloirs de la peur

Quand en 1972 était créée la revue Spiridon, en Suisse romande, une révolution se mettait en marche. Son cofondateur, Noël Tamini, lançait l’idée de courses populaires hors stades, en montagne, ouvertes à tous et toutes, hommes et femmes. Une révolution alors. Cette pratique est restée relativement intimiste jusqu’à l’explosion populaire, parfois mercantile aussi, ces dernières années, en même temps que le vocable course en montagne s’est anglicisé pour devenir trail. Et on commence à s’interroger sur les impacts du trail sur le milieu. Car les « sports nature », même la randonnée de groupe et bruyante, font de la montagne un champ de jeux pour l’homme au détriment des animaux qui fuient les « couloirs de la peur » près des sentiers.
Pour Pascal Marchand, chargé de recherche à l’Office Français de la Biodiversité, ces « couloirs de la peur » concernent tous les ongulés, chamois, bouquetins comme mouflons. Le bouquetin qu’il a particulièrement étudié, notamment dans les Bauges, est plus farouche qu’il n’y paraît. Quand on objecte au chercheur qu’on en rencontre parfois au détour d’un sentier, il se questionne. « Est-ce que ce sont des animaux qu’on surprend, quel est le contexte, zone chassée ou non chassée ».
En règle générale les grands ongulés s’éloignent de l’homme et des sentiers. Des sentiers qu’ils évitent ou traversent à grande vitesse avant de se réfugier plus loin. Voilà qui a de quoi perturber leur cycle de vie.
Il n’y a pas eu d’étude précise, à notre connaissance ni à celle de Pascal Marchand, effectuée sur l’impact de l’homme sur la faune la nuit. Mais le passage de trails nocturnes n’ouvre-t-il pas une boîte de pandore perturbant encore plus les animaux ?
Dans le Dauphiné Libéré du 12 novembre 2025, le président du parc naturel régional du massif des Bauges, Philippe Gamen s’interroge sur la question d’une éventuelle interdiction du trail la nuit : « Si on doit le faire ça sera par des arrêtés municipaux pris par les maires qui le souhaitent ».
Aller en montagne la nuit, et pas seulement lors de trails ou pour préparer un trail, peut paraître une expérience grisante. Et elle l’est pour l’homme, randonneur ou coureur muni de sa frontale. Mais qu’en est-il pour les animaux qui jusqu’ici profitaient des heures calmes pour évoluer librement notamment en début de nuit où à l’approche du lever du jour ?
Un ensemble de questions vertigineuses. A tout le moins il est nécessaire de prendre conscience que l’homme est un animal parmi d’autres dans la chaîne de la biodiversité qu’il faut préserver au mieux.

Grands « monuments » ou grands perturbateurs ?

En France métropolitaine et outre-mer c’est dans les années 90 que le virage des grands trails a été entrepris, comme pour la « diagonale des fous », à la Réunion, et la 6000 D à la Plagne. Bâti sur le terreau d’une course plus modeste, le cross du Mont-Blanc créé en 1979 s’est transformé au tournant des années 2000 en une gigantesque épreuve avec de multiples courses sur plusieurs jours. De par leur nombre exponentiel de participants d’années en années, ces courses engendrent une foule d’atteintes à l’environnement. Des perturbations locales proches des parcours, surtourisme à Chamonix par la présence estimée d’environ 100 000 personnes (coureurs, accompagnateurs, spectateurs). Des perturbations liées aux transports polluants des traileurs venus parfois de loin. Et perturbations sur la faune et la flore évidemment.
Même à un degré moindre les « petits » trails, de plus en plus nombreux, n’échappent pas à ce constat.
Il serait temps de lancer un dialogue entre autorités publiques, élus locaux, populations et associations afin de gérer autant que faire ce peut la course…au gigantisme ainsi que l’essaimage de sports nature sur le territoire restreignant les espaces de liberté pour l’homme et les animaux.

 

(c) Jacob Guse on Unsplash

Publié par FNE Savoie

Le Mercredi 19 novembre 2025

https://www.fne-aura.org/actualites/savoie/faut-il-interdire-le-trail-en-montagne/

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