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— Actualités —

Rumilly : les taux de PFAS explosent, l’étau des responsabilités se resserre

La pollution de Rumilly aux PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), ou polluants éternels, est avérée depuis 2022. Des solutions ont été mises en place pour l’eau potable mais les investigations se poursuivent pour comprendre l’origine de cette pollution. On découvre, mois après mois, l’étendue des dégâts et l’ampleur de la contamination. Les citoyens et associations sont mobilisés.

Mardi 09 juin 2026 Air Pollution Santé

La situation

En 2022, l’Agence Régionale de Santé (ARS) a fait réaliser plusieurs mesures sur le réseau public d’eau potable de Rumilly. Deux captages destinés à l’alimentation en eau potable (Madrid et Broise) témoignent de la présence de PFAS (très majoritairement du PFOA parmi les 20 PFAS mesurés).

Les résultats ont révélé des teneurs significatives en PFOA (acide perfluoro-octanoïque). Il s’agit d’un composé PFAS dont l’utilisation et la fabrication sont interdits depuis 2020 au niveau international. Une valeur sanitaire maximale a été établie en 2017 par l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) pour l’eau potable ; elle est de 0,075 µg/L. Pourtant à Rumilly la teneur en PFOA dans l’eau potable atteint alors jusqu’à 0,124µg/L, soit presque le double.

Des solutions ont depuis été mises en place pour l’eau potable avec notamment une usine de traitement par charbon actif, mais les eaux souterraines de Rumilly restent hautement polluées par la molécule.

En conséquence, des investigations sont depuis menées par les services de l’Etat pour comprendre l’origine de cette pollution. On s’est aperçu que les denrées alimentaires du territoire étaient aussi touchées : poissons pêchés dans le Dadon et le Chéran à Rumilly, légumes locaux, œufs, etc.

D’où provient cette pollution ?

Rumilly : l’enquête menée par les services de la DREAL a permis de localiser 5 sources principales potentielles, qui font désormais l’objet d’un suivi.

  • Le site industriel de Tefal (Groupe SEB), en fonctionnement, est situé à l’Est de la commune de Rumilly et son unité de la Rizière à proximité immédiate du captage privé de la Fuly (alimentation en eau potable de l’usine CPF). Les drains situés sous le site de la Rizière, qui se rejettent dans le Dadon, contiennent actuellement des PFAS. Tefal a cessé d’utiliser en 2012 le composé PFOA. La présence de dépôts de boues issues de la station d’épuration des eaux industrielles (déposées pendant plusieurs année près du Plan d’eau de Rumilly), ou des pollutions accidentelles passée, ne peuvent pas être exclues.
  • L’ancienne usine de fabrication de skis Salomon, ayant utilisé des PFAS par le passé et située en amont hydraulique immédiat du puits de Madrid. Ce site est à l’arrêt depuis 2009 et a été cédé à un consortium en 2010.
  • Le site BCS de l’ancienne tannerie Fortier Beaulieu, en activité jusqu’en 2015, dont les activités historiques signalent l’imperméabilisation de cuirs, activité susceptible de recourir à l’utilisation des PFAS. Le site, en reconversion vers un programme immobilier, fait l’objet d’une procédure de cessation d’activités.
  • Deux anciennes décharges publiques, dans le secteur de Broise et dans le secteur de la Rizière.

Afin de caractériser la pollution et son impact sur le territoire, la communauté de communes a engagé un programme de recherche, confié au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). La première campagne d’analyses, réalisée à l’automne 2024, confirme qu’à certains endroits, les dépôts de Tefal ont bien pollué les eaux souterraines.

Une mobilisation citoyenne salutaire

Devant l’ampleur de la pollution et la difficulté à avoir des réponses à leurs questionnements et inquiétudes, certains citoyens de Rumilly ont décidé de se mobiliser. C’est notamment le cas de l’association Agir Ensemble pour Rumilly et l’Albanais (AERA), qui s’investit pour la protection de l’environnement et du vivre-ensemble à l’échelle du territoire.

Depuis, 2022, l’AERA mobilise plusieurs leviers d’actions sur la problématique des PFAS :

  • Un travail de plaidoyer auprès des élus locaux : Depuis 2023, les échanges entre l’association et la communauté de communes de Rumilly Terre de Savoie sont réguliers et constructifs.
  • Faire connaître le sujet par des actions communication/information vers les citoyens de Rumilly et de l’Albanais (reportages TV, réseaux sociaux, communiqués de presse).
  • La coordination à une échelle plus large avec d’autres associations, via notamment la création du collectif GAMMARE (AERA, FNE Haute-Savoie, Cyclamen, Les Amis de la Terre 74), et la participation à des mobilisations nationales comme celle de Lyon en octobre 2024 avec le collectif PFAS contre Terre.
    L’acquisition de connaissance:
  • En 2023, AERA participe au financement d’analyses de sang pour avoir une première idée du niveau d’imprégnation des habitants : les personnes testées sont plus ou moins contaminées en fonction du temps de vie à Rumilly, mais toutes sont au-delà des seuils « HBM Values » provenant d’une agence de santé allemande.

Début 2025, AERA a réalisé des échantillonnages d’eau dans les milieux superficiels (cours d’eau, eau pluviales, exutoire de station de traitement) et nappes du territoire afin de mieux connaître l’étendue de la pollution. Les résultats mettent en avant des concentrations importantes dans des secteurs déconnectés de la nappe de Madrid et en amont hydrauliques des sites industriels soupçonnés (site de Téfal et de Salomon). L’hypothèse de transferts atmosphériques actuels et/ou passés émerge.

© Radio France - Lise Dussaut

Des résultats concordants : du PFOA dans l’air et TEFAL suspecté

Les analyses menées par le BRGM, la DREAL, et plus modestement par l’AERA, présentent des résultats concordants. Malgré des variations de concentrations, les mêmes molécules sont souvent retrouvées, et ce dans des proportions (ou pourcentages) entre elles très similaires, avec une forte prédominance du PFOA. Cela suppose l’existence d’une source ponctuelle majeure à proximité des point de prélèvement.

Autre point de concordance : Les résultats d’analyse des eaux superficielles menées par l’AERA, tout comme l’étude menée par la DREAL sur le territoire, concluent à une très probable diffusion des PFAS par l’air. En effet, la campagne de mesures de la DREAL sur le site de Tefal a permis d’identifier 23 PFAS dans les rejets, dont principalement l’ADONA-DONA utilisé sur le site (PFAS utilisé comme substituant au PFAO interdit depuis 2020).

Par conséquent la préfète de Haute-Savoie a prescrit à Tefal – par arrêté du 29 avril 2026 :

  • Un bilan précis et global des sources d’émissions (en analysant les rejets des 18 émissaires).
  • Un plan d’action qui devra être remis avant le 1er janvier 2027 et mis en œuvre à partir de mars 2027 pour réduire concrètement les rejets.
  • Une surveillance régulière sur 2 ans.

On peut en effet se demander quelle est la part de responsabilité de chacun des industriels dans la pollution aux PFAS à Rumilly. À une échelle nationale c’est l’inaction de l’Etat qui a été mise en cause.

C’est toute la finalité de l’action entérinée par la municipalité de Rumilly et sa communauté de communes qui assigné, fin mai 2026, trois industriels en référé expertise. L’objectif est d’établir les origines de la pollution aux PFAS et d’en déterminer les responsables grâce à une expertise indépendante.

Des associations locales pourraient elles aussi lancer une action en justice.

Au niveau national : un documentaire, une loi et un dépôt de plainte

En octobre 2023, le documentaire « Vert de rage : Alerte aux polluants éternels » de France 5 a révélé au grand public l’ampleur de la contamination aux PFAS en France, notamment sur des sites pollués comme celui de Pierre-Bénite (Rhône) et dénoncé l’inaction des autorités malgré la connaissance des risques depuis des décennies.

Le succès de cette émission a accéléré la prise de conscience et a conduit à l’adoption d’une loi (n°2025-188 du 27 février 2025), encadrant l’usage de ces substances. Suite à un lobbying intense du groupe Groupe SEB (propriétaire de la marque Tefal), soutenu par des élus de Haute-Savoie, une exclusion de dernière minute a été apportée au texte, supprimant les ustensiles de cuisine (dont les poêles et casseroles) de la liste des produits réglementés.
Voir l’enquête de France Info (février 2025) « Comment Tefal a cherché à influencer les politiques sur les polluants éternels »

En juillet 2025, France Nature Environnement (FNE), Générations Futures et l’Association citoyenne et laïque des consommateurs (ACLC) ont déposé plainte pour pratiques commerciales trompeuses devant le parquet de Paris et fourni plusieurs études scientifiques contredisant la communication de SEB assurant que les revêtements antiadhésifs de ses poêles étaient reconnus comme sûrs.
Lire le communiqué de presse 

Sources :
Focus sur la situation à Rumilly [DREAL]
PFAS : Focus sur la situation à Rumilly [Agence Régionale Santé]
Pollution aux PFAS : La communauté de Communes Rumilly Terre de Savoie et la Ville de Rumilly saisissent la justice pour obtenir une expertise judiciaire indépendante [Rumilly Terre de Savoie]
De nouvelles analyses pointent la responsabilité de Tefal dans la pollution autour de Rumilly [Reportage France 3]

Publié par FNE Haute-Savoie

Le Mardi 09 juin 2026

https://www.fne-aura.org/actualites/haute-savoie/pfas-en-haute-savoie-a-rumilly-les-taux-explosent-letau-se-resserre/

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