PASTORALISME ET BIODIVERSITE
PASTORALISME ET BIODIVERSITE - Au salon de l'élevage, FNE 63 a été invitée à participer au débat co-organisé par AgroParisTech Alumni et les Agros d'Auvergne - Un échange enrichissant avec notamment Claude FONT, éleveur ovin en Haute-Loire, vice-président de la Fédération nationale ovine et Yves Michelin, ingénieur agronome et géographe - replay : https://Inkd.in/egyzRPVm
L’année 2026 a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies « Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux ».
Ainsi, le pastoralisme bénéficie d’une reconnaissance institutionnelle, l’ONU valorisant les pratiques pastorales comme outil de conservation, et la stratégie nationale biodiversité 2030 comme un « levier majeur de gestion écologique ».
Le pastoralisme est une pratique d’élevage extensive reposant sur la mobilité des troupeaux et l’utilisation de parcours naturels (estives, alpages, landes, pelouses sèches).
Le pastoralisme n’a pas de définition unique dans le Code rural, mais plusieurs textes l’encadrent indirectement :
- Code rural et de la pêche maritime (CRPM)
- Art. L.113‑1 : reconnaissance des systèmes agricoles contribuant à l’entretien des paysages et à la biodiversité.
- Art. L.181‑1 et s. : police de l’eau et des milieux aquatiques (impact des troupeaux sur zones humides).
- Art. L.214‑1 et s. : protection animale (conditions de conduite des troupeaux).
- Code de l’environnement
- Art. L.110‑1 : principe de gestion durable des milieux naturels.
- Art. L.411‑1 et s. : protection des espèces et habitats (Natura 2000, ZNIEFF).
- Art. L.414‑1 et s. : évaluation des incidences Natura 2000 (pastoralisme comme activité “traditionnelle” généralement compatible).
- Art. L.425‑1 et s. : police de la faune sauvage (loups, ours, prédation).
- Droit européen
- Directive Habitats 92/43/CEE : le pastoralisme est identifié comme outil de maintien des habitats ouverts.
- PAC 2023‑2027 : éco régimes “prairies permanentes” et “pâturage extensif”.
Le pastoralisme est-il par définition bon pour la biodiversité ?
Avant de pouvoir répondre à cette question, il faut rappeler la définition de la biodiversité telle que définie au Sommet de la Terre de Rio, en 1992 : c’est la variabilité des organismes vivants de toute origine, au sein des espèces, entre les espèces, et entre les écosystèmes. Ce sont des êtres vivants liés entre eux : quand une espèce disparaît, les autres sont fragilisées.
La biodiversité, ce n’est pas un nombre d’espèces. C’est la diversité du vivant à trois niveaux : les gènes (limiter l’uniformisation des schémas de sélections), les espèces, les milieux. Et ce sont surtout les relations entre eux.
Tous les organismes vivants sont liés au travers d’interactions complexes et sont donc interdépendants.
Il est important de rappeler que :
- Sur la planète, les mammifères d’élevage pèsent aujourd’hui environ une quinzaine de fois plus que tous les mammifères sauvages réunis, et que dans nos montagnes environ neuf herbivores sur dix sont des animaux d’élevage.
- Nous vivons la sixième extinction massive d’espèces vivantes dans le monde. La dégradation et la perte d’habitats sont le 1er facteur de régression de la biodiversité même si d’autres causes sont identifiées (pollution, pesticides, chasses mal gérées voire braconnage, exploitation directe, changement climatique, espèces exotiques envahissantes).
Quel est le rôle du pastoralisme dans la biodiversité ?
Le troupeau prélève de la biomasse, restitue de la matière organique et façonne la végétation. Le pastoralisme, comme étant très lié aux écosystèmes naturels (ou semi-naturels) influence donc obligatoirement ces écosystèmes (unité fondamentale de l’écologie).
En contexte pastoral, la biodiversité recouvre trois choses :
- Des milieux: ces milieux sont nés du pastoralisme. Les espaces pastoraux sont « un réservoir principal de biodiversité ». Près d’un tiers des communautés végétales herbacées ou sous-arbustives ont une origine pastorale ou un lien étroit avec le pastoralisme. Le pastoralisme a 7 à 8 millénaires en Europe occidentale, la protection de la nature, un siècle et demi. Les pelouses, landes, prairies de fauche, tourbières, sans oublier les forêts voisines. Le pastoralisme couvre néanmoins une grande diversité de milieux, et n’est pas exclusivement montagnard, même s’il se concentre surtout en altitude; la nature du parcours de pâture concerne majoritairement les pelouses et landes mais peut aussi concerner des milieux moins ouverts, comme des parcours boisés et pour limiter la densité forestière, le sylvopastoralisme (182 000 hectares de forêt domaniale ont été pâturées en 2025 dans 31 départements) ;
- Les espèces qui en dépendent: des plantes, des papillons, des chauves-souris, des oiseaux qui nichent au sol (les galliformes de montagne recherchent des milieux de reproduction permettant de se protéger des prédateurs et de nourrir les jeunes avec une alimentation riche en protéines ;
- Et la biodiversité domestique, celle des races locales : le code rural parle bien de « biodiversité sauvage et domestique ».
La diversité au sein des espèces (diversité génétique principalement), est indispensable à la survie de l’espèce. Une population isolée d’une espèce donnée, si elle est en faible effectif, aura une faible variabilité intraspécifique et aura de moindres capacités d’adaptation aux modifications de son environnement. La diversité des races d’animaux domestiques et des variétés culturales sont des éléments de biodiversité intraspécifique, cependant la domestication et la création de races appauvrissent le patrimoine génétique d’une espèce, en sélectionnant certains individus répondant à un standard précis.
CE QUE LE PÂTURAGE APPORTE :
Premier constat : oui, le pâturage peut rendre service à la biodiversité.
Le Muséum national d’histoire naturelle le dit dans ses Cahiers d’habitats : ces milieux sont « un réservoir principal de biodiversité », et près d’un tiers des communautés végétales de pelouses, de prairies et de landes ont une origine pastorale ou un lien étroit avec le pastoralisme. Sept à huit mille ans d’élevage ont façonné cette diversité.
Prenons la Chaîne des Puys. Le site Natura 2000 couvre 2 041 hectares. On y compte environ 450 hectares d’habitats d’intérêt communautaire. Près de 90 % sont des pelouses sèches et des landes, donc des milieux ouverts, entretenus par la dent du troupeau (soit 20 %) Et le premier risque identifié sur ce site, ce n’est pas le pâturage : c’est la fermeture des milieux après la déprise.
Dans les 2 arrêtés préfectoraux de protection des habitats naturels (APPHN) du 7 juillet 2023 concernant le puy de Côme et le puy Pariou, il est expressément mentionné que l’activité pastorale : « participe à la préservation des habitats naturels ».
Même constat dans le Forez. Le document d’objectifs des Hautes Chaumes décrit des milieux ouverts, diversifiés, en mosaïque, « que seul un pastoralisme adapté peut préserver ».
Une nuance tout de même. Au-dessus de la limite des arbres, les pelouses se maintiennent seules. Et certaines vieilles forêts sont aussi riches que nos pelouses. Le milieu ouvert n’est pas un but en soi.
Le pastoralisme « adapté » au milieu est donc un atout majeur pour la biodiversité.
LES PRESSIONS :
Mais, le pastoralisme exerce aussi des pressions sur la biodiversité qu’il convient de limiter. J’en citerai six.
Un, le chargement : Trop de bêtes, trop longtemps, au même endroit : la flore s’appauvrit, le sol se déchausse, les zones humides se dégradent. Et en tête de bassin versant, les déjections enrichissent les ruisseaux et les lacs d’altitude. Un repère : pour les landes de montagne du Massif central, celles de la Chaîne des Puys et du Forez, le Muséum situe le chargement adapté entre 0,3 et 0,6 UGB par hectare et par saison, de juin à septembre.
Deux, le calendrier : Un pâturage trop précoce compromet la floraison et la reproduction des espèces qui nichent au sol. Sur la Chaîne des Puys, deux papillons d’intérêt européen, le damier de la succise et le cuivré de la bistorte, souffrent d’un pâturage ovin trop appuyé sur leur plante-hôte. Même logique pour les oiseaux : sur les landes d’altitude où niche le tétras-lyre, le Muséum demande de retarder le pâturage au 15 août, pour ne pas compromettre l’éclosion des œufs.
Trois, l’intensification : Selon le Muséum, une fertilisation azotée même modérée, répétée chaque année, fait perdre 20 à 50 % des espèces d’une prairie naturelle, et appauvrit par contrecoup les insectes qui en dépendent, ce qui nécessite une stricte limitation des « intrants ». Sur les Hautes Chaumes, des landes ont été retournées en prairies artificielles, et le diagnostic est net : les pratiques tendent à s’intensifier et à homogénéiser les milieux. Les espaces pastoraux français comptent de 10 à 75 espèces de plantes sur 25 m².
Quatre, les traitements antiparasitaires : Les bousiers et les mouches des bouses recyclent la matière organique. Des traitements excessifs les tuent, et privent de nourriture oiseaux et chauves-souris. Alors les bouses ne se dégradent plus, le sol est moins fertilisé, et l’herbe pousse moins bien. Ici, l’éleveur perd autant que le naturaliste. Le Muséum ne demande pas d’y renoncer, ce serait, écrit-il, « irréaliste », mais de choisir les molécules et les périodes de traitement.
Cinq, les équipements : pistes, retenues, et clôtures dangereuses pour les oiseaux. Dans les Pyrénées, on en a cartographié 533 kilomètres.
Six, la cohabitation avec la faune sauvage : concurrence pour l’eau et pour l’herbe, échanges de maladies. Le changement climatique accentue l’une et l’autre.
Le résultat se lit dans la dernière évaluation nationale, sur 2019-2024 : plus de la moitié des évaluations des prairies et pelouses d’intérêt communautaire concluent à un état mauvais, avec une tendance à la dégradation.
Et notez que déprise et intensification vont ensemble. On abandonne les pentes difficiles, on charge les secteurs faciles. La biodiversité perd des deux côtés. C’est le diagnostic du Muséum : déprise des zones les plus difficiles d’un côté, intensification de l’autre, et dans les deux cas des habitats remarquables qui régressent.
Alors, allié ou menace ? Les deux, selon les pratiques. La bonne question n’est pas « pour ou contre le pastoralisme ». C’est : combien de bêtes, quand, où, et avec quel gardiennage. Un pâturage d’entretien, conduit de façon extensive, favorise le développement d’une structure de végétation hétérogène et d’une diversité de niches écologiques. Quatre paramètres sont donc à fixer : l’espèce et la race, la période, le chargement, le type de conduite, gardiennage ou parcs. Pour restaurer un milieu, le pâturage doit être conduit (berger + clôtures) sur des périodes clefs et avec les animaux adéquats, le pâturage libre laissant des zones de refus qui équivalent à un abandon.
Ce sont les paramètres que le Muséum demande de fixer pour chaque habitat : quels animaux, à quelle période, avec quel chargement, et quelle conduite du troupeau. Et nous savons y répondre. Au puy de Côme : 83 hectares, 1 000 brebis au maximum, et un plan de pâturage établi chaque année avec les propriétaires, les estives collectives et les bergers.
Les perspectives
Perspectives du pastoralisme en lien avec les enjeux économiques et de biodiversité
NOUS AVONS BESOIN DES ÉLEVEURS, parce que la première menace qui pèse sur nos milieux ouverts s’appelle la déprise. Sur les Hautes Chaumes du Forez, l’activité pastorale recule depuis les années 1950. Seuls les deux tiers du plateau sont encore utilisés par l’agriculture. Le domaine pastoral a perdu 15 à 20 % de sa surface, aujourd’hui sous la forêt. Le Muséum l’écrivait déjà : la dégradation de nombre de ces habitats est « souvent liée à l’abandon des terres autrefois exploitées par l’élevage ».
La loi le dit aussi. Le code rural reconnaît le pastoralisme d’intérêt général, pour sa contribution, je cite, « à la gestion et au développement de la biodiversité ».
Mais la même loi définit l’espace pastoral : des pâturages « d’utilisation extensive et saisonnière ». C’est cet élevage-là que le droit protège.
L’ENJEU ÉCONOMIQUE ET LA BIODIVERSITÉ :
Le pastoralisme est une économie : plus de 2 millions d’hectares en France, soit environ 7,5 % de la surface agricole. Dans le Forez, quatre estives collectives valorisent 1 040 hectares et fédèrent plus de soixante-dix agriculteurs, sur un plateau où la plupart des élevages laitiers produisent en AOP fourme.
Or cette économie repose sur la biodiversité. C’est la pollinisation et l’épuration de l’eau. C’est la richesse de la flore, qui fait la qualité du fromage et justifie nos AOP. Ce sont les bousiers, qui recyclent les bouses : l’Australie, qui n’avait pas les bons, a dû en acclimater une quarantaine d’espèces. Et c’est la santé des troupeaux : plus les espèces sont diverses, moins un agent pathogène circule facilement.
La biodiversité n’est pas une contrainte pour l’éleveur : c’est son capital. C’est un facteur de résilience. UNE SEULE SANTE COMMUNE
Encore faut-il un revenu. Sans éleveurs correctement rémunérés, pas de relève, pas de troupeaux, donc pas de pelouses. Et soyons lucides : le Muséum le rappelle, sauf rare exception, les prairies les plus riches en espèces sont les moins productives. Ce service-là, le marché ne le paie pas.
LES VRAIS RISQUES DE DEMAIN
D’où viendra le danger ? La prédation est une contrainte réelle. Mais elle accompagne le pastoralisme depuis toujours. Les risques nouveaux sont ailleurs : le climat, la concurrence mondiale, l’effondrement de la biodiversité, les maladies émergentes.
Le climat : L’été 2026 est le plus chaud jamais mesuré en France : 53 jours de vagues de chaleur, 40 % de pluie en moins, des sols d’une sécheresse record. La tentation est connue : fertiliser, retourner, intensifier les meilleures parcelles. Ce serait détruire ce qui justifie le soutien public. À l’inverse, un troupeau qui pâture landes et sous-bois, c’est moins de combustible, l’année où la France connaît sa plus grande surface brûlée.
Le sanitaire: Des troupeaux toujours plus grands, issus de cheptels différents : le risque parasitaire augmente, et avec lui les traitements systématiques.
TROIS LEVIERS pour le pastoralisme :
Un : orienter les aides de la PAC vers les pratiques favorables — chargement modéré, pâturage tardif, pas de fertilisation sur les pelouses et les landes — et rémunérer le service rendu.
Deux : payer la présence humaine. Un berger qui garde serré, c’est la bonne conduite du troupeau pour les habitats, et c’est la meilleure protection contre le loup. Biodiversité et protection des troupeaux demandent la même chose : des emplois. Le Muséum le recommandait déjà pour conserver les landes d’altitude : « le renforcement des aides aux bergers ».
Trois : décider ensemble, et sur preuves. Le plan de pâturage du puy de Côme en est l’exemple. C’est aussi ce que recommande l’Académie vétérinaire : un dialogue fondé sur la preuve entre toutes les parties, et des décisions dont on mesure les effets.
Ex. la prédation :
Dans le Puy-de-Dôme : trois constats en 2025 ; sept à la mi-septembre 2026 pour lesquels la responsabilité du loup n’est pas écartée. C’est peu au regard des 12 500 animaux victimes en France. Mais dans le Cantal, on est passé de 30 à 143 en un an.
Deux leçons doivent en être tirées.
D’abord, juger sur preuves : sur quinze expertises détaillées cette année par les services de l’État, six écartent le loup, avec un renard à Romagnat et des chiens à Saint-Pardoux.
Ensuite, anticiper. Le code rural demande d’assurer le maintien du pastoralisme « en protégeant les troupeaux des attaques du loup ». 96 communes du département sont désormais classées pour l’aide à la protection. Utilisons-la maintenant.
À l’inverse, les arrêtés du 23 février 2026 facilitent les tirs. À nos yeux, c’est une réponse de court terme : tirer sans avoir protégé ne règle pas la prédation, et peut l’aggraver en désorganisant une meute. En tant que grand prédateur, le loup fait partie intégrante de la biodiversité et doit être protégé.
CONCLUSION
Le pastoralisme a besoin de la biodiversité. Et la biodiversité de nos montagnes a besoin d’un pastoralisme vivant, extensif et bien accompagné.
Décider localement et assurer un suivi, il n’existe pas de recette unique
Il n’existe pas un mode unique de gestion des habitats agropastoraux. Il n’existe pas de recette passe-partout. Il faut des expérimentations locales et un suivi scientifique.
L’objectif est une mosaïque, pas un milieu uniforme, quelques bosquets et fourrés dans une pelouse sont nécessaires à la faune.
Eleveurs, scientifiques, naturalistes, associations environnementales, nous pouvons contribuer tous ensemble à préserver le pastoralisme, richesse économique et culturelle, et des milieux riches en bio-diversité.
C’est ce pastoralisme-là que nous voulons voir durer.
Sandrine NOLOT
Présidente FNE63
Sources et pour aller plus loin :
REPÈRES POUR LE MASSIF CENTRAL
| Habitat | Ce qu’en dit le Muséum |
| Landes montagnardes du Massif central (fiche 4030-13). Sites cités : Hautes Chaumes du Forez, Mont-Dore, Chaîne des Puys. | Habitat « fortement dépendant de la pression de pâturage » : il faut une pression soutenue pour le garder ouvert, mais une exploitation « trop poussée » le transforme en pelouse ou en prairie. Pâturage bovin ou ovin très extensif, 0,3 à 0,6 UGB/ha/saison, de juin à septembre. « Éviter tout apport de fertilisant ou toute intervention sur le sol. » (vol. 1, p. 109-111) |
| Landes subalpines du Massif central (fiche 4030-14). | Nombreuses espèces protégées : lycopode des Alpes, pulsatilles, lis martagon. Encourager les élevages extensifs « qui ont tendance à être abandonnés ». Chargement de 0 à 3 brebis/ha sur 100 jours à 1 500 m, selon l’âge de la lande. (vol. 1, p. 112-114) |
| Landes à genêt purgatif du Massif central (fiche 5120-1). | Les landes secondaires sont « issues de la colonisation de pelouses abandonnées par le pastoralisme » : c’est le visage de la déprise. Réponse : pâturage ovin tournant, avec berger et clôtures mobiles ; écobuage au maximum tous les quinze ans. (vol. 1, p. 213-215) |
| Pelouses sèches de la Chaîne des Puys (fiche 6210-19). La pelouse dominante du site Natura 2000. | Pelouses sur roches volcaniques, et non sur calcaire : le mot « calcaires » vient du nom de la catégorie européenne (code 6210). Sols légèrement acides mais « bien pourvus en bases échangeables ». Selon la fiche, « tous sont en voie de régression ». Pâturage extensif, surtout bovin, « si possible sans fertilisation ni amendements » : la déprise amène la broussaille, l’intensification une prairie plus fertile et plus banale. En montagne, arriver sur la parcelle dans la première décade de juin ; plus tard, le sous-pâturage apparaît. (vol. 2, p. 129-133) |
| Pelouses sèches sur basaltes et granites (fiche 6210-36). Variante très minoritaire sur la Chaîne des Puys. | Même constat de régression. Selon la fiche, « tous sont en voie de régression ». Deux causes : la déprise pastorale, qui ramène la lande puis la forêt ; et le pâturage intensif, qui « dégrade le milieu et provoque un enrichissement du sol ». Abritent une plante qui n’existe qu’en Auvergne, la lunetière de Lamotte. (vol. 2, p. 206-210) |
| Pelouses à nard montagnardes du Massif central (fiche 6230-4, habitat prioritaire). | Habitat d’une « richesse floristique exceptionnelle », mais « particulièrement sensible à l’eutrophisation » : il se banalise sous une trop forte pression pastorale ou une fertilisation. À l’abandon, il passe au genêt, à la callune puis à la hêtraie. Entretien : bovins ou ovins viande, 0,2 à 0,4 UGB/ha/an. (vol. 2, p. 257-259) |
| Pelouses à nard subalpines : monts Dore, Cantal (fiche 6230-14, habitat prioritaire). | Élevage bovin extensif, races rustiques. Ne pas concentrer le bétail : ni pierre à sel ni point d’eau sur la pelouse. Vermifuges « peu rémanents et peu nocifs pour les insectes coprophages ». Sous 1 600 m, la baisse de la pression pastorale referme le milieu. (vol. 2, p. 287-289) |
| Prairies de fauche de montagne du Massif central (fiche 6520-1). | Fauche tardive, à partir de début juillet (mi-juillet au-dessus de 1 200 m). Azote : 0 à 15 unités sans déprimage, 30 unités/ha au plus sinon. « La fertilisation soutenue de ces prairies conduit à une perte importante de diversité floristique ». Habitat du cuivré de la bistorte. (vol. 2, p. 395-400) |
Les galliformes (ordre d’oiseau regroupant les gallinacés) :
- Les deux espèces de Tétras en France : le Tétras Lyre et le Grand Tétras
+ Le Tétras Lyre (Alpes). Son habitat est la limite supérieure de la forêt (étage subalpin): le pastoralisme peut dans certaines conditions lui être favorable. Cette espèce emblématique est en déclin régulier dans les Alpes. Elle est classée vulnérable sur la liste rouge UICN et fait objet d’un Plan National d’Action. Très exigeante sur son habitat qui correspond à la limite supérieure de la forêt, il lui faut des arbres clairsemées, des landes à myrtilles et callune, des zones de pelouses riches en fleurs et en insectes, des tourbières. Il lui faut donc des milieux ouverts ou plutôt semi-ouverts et le pastoralisme est souvent évoqué comme favorable à l’espèce.
Cependant l’évolution actuelle des pratiques pastorales (intensification, surpâturage des zones les plus faciles d’accès et abandon des secteurs les plus difficiles et/ou exposés à la prédation) est fréquemment évoquée pour expliquer le déclin de l’espèce.
Elle est, en outre, très sensible au dérangement en période de reproduction, soit d’avril à juillet, et le pâturage des zones sensibles durant cette période peut compromettre la reproduction. A cette période, il lui faut une abondance d’insectes pour nourrir les jeunes. Les traitements antiparasitaires, insecticides ou acaricides rémanents administrés aux animaux d’élevage réduisent l’abondance d’un grand nombre d’insectes présents dans le milieu naturel et donc la ressource alimentaire des poussins.
Le pastoralisme peut donc, selon les pratiques, être bénéfique ou aggraver le déclin de l’espèce. Une collaboration étroite entre les gestionnaires d’espaces naturels et les structures pastorales, est indispensable, car il faut une conduite du troupeau très précise et serrée sur certaines zones, une mise en défends de certaines autres zones, un pâturage plutôt par des bovins, pas avant fin juillet et une adaptation des pratiques de gestion antiparasitaire des troupeaux.
Tétras-lyre. Sur les landes à rhododendron, retarder le pâturage au 15 août (cahier de l’habitat vol. 1, p. 150).
+ Le Grand Tétras est présent dans les Pyrénées (réintroduit aussi dans les Vosges d’où il avait disparu). Il est forestier. Le pastoralisme ne lui apporte rien de bon, que des pistes qui fragmentent son habitat dans les Pyrénées et les Vosges
- Le Lagopède alpin est un oiseau de l’étage alpin. Son habitat est très au-dessus de la limite naturelle de la forêt ( 2 500 à 3 500 m d’altitude). Le pastoralisme ne lui apporte rien de bon non plus, car son habitat n’est pas menacé par une éventuelle déprise du pastoralisme, il restera ouvert quoiqu’il advienne, ce sont les conditions climatiques de ces altitudes qui maintiennent ces milieux ouverts. Il est plutôt menacé par le réchauffement climatique. Le pastoralisme lui est défavorable, de par le risque de dérangement en période de reproduction.
- Outils juridiques cités. Loi pastorale de 1972 et loi Montagne de 1985, associations foncières pastorales, groupements pastoraux, conventions pluriannuelles de pâturage : ces conventions fixent la durée du pâturage, le chargement, les équipements et les traitements sanitaires autorisés.
- L’éco-pâturage : les moutons utilisés contribuent à limiter le recours aux produits phytosanitaires et aux engins mécaniques bruyants et énergivores
- Avis du Comité Régional Scientifique du Patrimoine Naturel (CRSPN) AURA lors de la séance 2024 : contre la création de pistes pastorales, car risque d’atteintes à des secteurs riches en biodiversité. Nécessité d’un projet plus abouti avec un animateur de Natura 2000 afin de rendre le projet moins dommageable ; rôle écosystémique des prairies : stockage et infiltration de l’eau, place dans le cycle des éléments nutritifs, stockage carbone
Les pelouses sèches : espaces naturels inclus dans le Réseau Natura 2000 et inscrits à la Directive Habitat, Faune, Flore ; pelouses calcaires avec des graminées come le bromérigé, quelques chardons (comme l’éringium campestre) parfois avec des affleurements caillouteux .
Ex La Pelouse de la Chôme, une des plus grande pelouse calcaire de la bourgogne ( 100 hectares d’un seul tenant) – zone de refuge et de nourrissage – le papillon le gazé (pond sur l’aubépine) – Il y a des pelouses primaires (qd conditions de sol vraiment dures) et des pelouses secondaires issues d’un défrichement plus ancien pour lequel il y a eu une pratique de pastoralisme depuis des décennies – Pour préservation, partenariat entre CEN et des éleveurs pour contenir la pousse trop importante des buissons – Seules 30 % des pelouses calcaires de Bourgogne sont incluses dans une aire de protection ; A l’échelle de la France 50 à 75 % de ces milieux d’intérêt écologique ont disparu en 1 siècle.
| Repères | Documents sources |
| Mammifères : environ 100 millions de tonnes de carbone pour les espèces domestiques, 60 pour l’espèce humaine, 7 pour les mammifères sauvages (terrestres et marins). 40 millions de tonnes il y a 100 000 ans | Ordre de grandeur recoupé avec Bar-On et al., PNAS, 2018 |
| Site Natura 2000 Chaîne des Puys : 2 041 ha, dont environ 453 ha d’habitats d’intérêt communautaire (239 ha de pelouses sèches, 168 ha de landes sèches). Premier risque identifié : fermeture après déprise. | Tableur « milieux pastoralisme chaîne des Puys » (fiche Natura 2000 FR8301052, version 2016) |
| Puy de Côme : 83,40 ha, 1 000 brebis maximum. Puy Pariou : 147,82 ha, 500 brebis maximum. Plan de pâturage annuel concerté. L’activité pastorale « participe à la préservation des habitats naturels ». Compatibilité – Plan de pâturage – Secteurs fermés | Arrêtés préfectoraux du 7 juillet 2023 (APHN) |
| Hautes Chaumes du Forez : recul pastoral depuis les années 1950, 2/3 du plateau encore utilisés, 15 à 20 % du domaine pastoral perdu ; 4 estives collectives, 1 040 ha, plus de 70 agriculteurs ; milieux « que seul un pastoralisme adapté peut préserver ». | DOCOB « Parties sommitales du Forez et Hautes Chaumes », décembre 2022 |
| Pyrénées : 533 km de clôtures dangereuses cartographiés, environ 100 km équipés ; la visualisation réduit la mortalité de 71 % (étude écossaise). | Note « Clôtures et galliformes de montagne » |
| Fertilisation azotée modérée et répétée : 20 à 50 % d’espèces en moins. Plus de la moitié des évaluations des prairies et pelouses d’intérêt communautaire en état « défavorable mauvais » (2019-2024). | Cahiers d’habitats, tome 4, avant-propos du Pr Delpech, p. 13 (chiffre tiré d’expériences européennes, pour « un peuplement végétal herbacé spontané »). État 2019-2024 : 4e évaluation, reste à vérifier à la source. |
| Loup, 2025 : Puy-de-Dôme 3 constats et 6 victimes (première attaque en 2022) ; Cantal 143 victimes (30 en 2024) ; France 4 386 constats et 12 495 victimes. | Bilan 2025 de la préfète coordonnatrice, données extraites le 12 mai 2026 |
| Loup, Puy-de-Dôme 2026 : 7 constats « loup non écarté » au 17 septembre. Sur les 15 expertises détaillées (février à août) : 3 loup non écarté (Prondines, Briffons, Moureuille), 6 cause indéterminée, 6 loup écarté (dont renard à Romagnat, chiens à Saint-Pardoux, petit carnivore à Saint-Pierre-Colamine). | Document « constat attaques loup » DDT, avril, juin et septembre 2026 |
| 96 communes concernées par l’aide à la protection des troupeaux en 2026, après l’ajout de 13 communes en cercle 2 ; les autres communes du département sont en cercle 3. | DDT juin 2026 ; arrêté préfectoral du 29 mai 2026 |
| Dommages imputables à des individus ou à des pratiques, jamais à une espèce entière ; préférer les actions non létales ; concertation fondée sur la preuve ; mesurer les effets de chaque décision. | Académie vétérinaire de France, rapport « Vivre avec la faune sauvage » (novembre 2025) |
| Insectes coprophages : recyclage de la matière organique ; nourriture des oiseaux insectivores, musaraignes et chauves-souris. Les traitements antiparasitaires excessifs augmentent leur mortalité et ralentissent la dégradation des bouses : sol moins aéré et moins fertilisé, production fourragère amoindrie. Australie : une quarantaine d’espèces de bousiers acclimatées (projet 1965-1985). États-Unis : environ 380 millions de dollars économisés grâce aux bousiers. | Article « Mouches à merde et bousiers », Humanité et Biodiversité, 31 juillet 2024 |
| Été 2026 : le plus chaud depuis 1900 (24,0 °C, +3,6 °C), 53 jours de vagues de chaleur, déficit de pluie proche de 40 %, sécheresse des sols sans précédent. | Bilan climatique de l’été 2026, Météo-France |
| France : 2,09 millions d’ha de surfaces pastorales en 2015, soit environ 7,5 % de la SAU ; 2,2 millions d’ha de parcours selon le Sénat (2026). Pas de chiffre national consolidé des unités pastorales : recensement Agreste attendu début 2027. Surface moyenne d’une unité pastorale : 230 ha dans les Alpes. | Document « surfaces pastorales France » |
| Habitats agropastoraux : rôle du pastoralisme, double menace de l’abandon et de l’intensification, chargements indicatifs et recommandations par habitat du Massif central. Citations et pages dans la section « Ce que disent les Cahiers d’habitats du Muséum ». | « Cahiers d’habitats » Natura 2000, tome 4, Habitats agropastoraux, vol. 1 et 2 (MNHN, La Documentation française, 2005) |
Publié par FNE Puy-de-Dôme
https://www.fne-aura.org/actualites/puy-de-dome/pastoralisme-et-biodiversite/
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