Quelle forêt demain ?
C’est l’été depuis peu et déjà plusieurs semaines de températures supérieures à 30°C et de recherche d’un peu de fraîcheur. Où la trouver ? En forêt...
Chers amis,
C’est l’été depuis peu et déjà plusieurs semaines de températures supérieures à 30°C et de recherche d’un peu de fraîcheur. Où la trouver ? En forêt où, sous le couvert des arbres, la température descend d’une bonne dizaine de degrés en raison de l’ombre et de l’humidité.
Mais cette forêt à laquelle nous sommes si attachés, car elle est notre lien fantasmé avec Mère Nature, est bien menacée. Elle l’est par le réchauffement climatique qui impose des températures estivales élevées, auxquelles nos essences forestières ne sont pas toutes bien adaptées si les vagues de chaleur durent trop longtemps. Lorsque la chaleur est trop intense, la photosynthèse peut même s’arrêter.
A cela s’ajoute le stress hydrique accompagnant la chaleur estivale : à l’absence de pluie s’ajoute une évaporation intense. Ce manque d’eau peut entraîner une perte prématurée du feuillage. Chaleur et sécheresse forment un duo déjà potentiellement mortel. C’est sans compter sur les parasites, comme les scolytes, qui sont devenus un véritable fléau pour les plantations d’épicéas à basse altitude ou en versant ensoleillé, mais aussi pour le sapin pectiné dont nombre d’individus rougissent et meurent en début d’été. Le hêtre, le chêne pédonculé et le pin sylvestre sont aussi fragilisés et plus sensibles aux maladies avec des dépérissements importants. Quant au frêne, il subit la double peine du réchauffement climatique et de la chalarose venue d’Asie qui le décime.
Dans ce tableau préoccupant, nos essences indigènes n’ont certainement pas dit leur dernier mot. Il est plus que probable qu’un certain nombre d’individus et leurs descendances soient capables de s’adapter à des températures plus élevées et des précipitations estivales raréfiées. D’autres résistent à la maladie qui tuera implacablement leurs voisins. C’est à la fois le résultat d’une variabilité génétique et d’adaptation au milieu de vie. Les hêtraies méditerranéennes reliques illustrent parfaitement cette faculté d’adaptation.
Le bon sens voudrait donc que l’on repère les sujets adaptés et qu’on favorise leur descendance sans trop ouvrir la canopée, ce qui permet de conserver des températures et une humidité appropriée au développement des jeunes plants, qui se développeront dans des conditions plus rudes mais auront le maximum de chances de s’y adapter. Ceci n’empêche pas, de-ci de-là d’introduire à titre expérimental des essences théoriquement plus résistantes aux conditions climatiques du futur, comme certains chênes ou sapins originaires du bassin méditerranéen ou d’Europe centrale.
La forêt est aussi menacée par les coupes rases et l’enrésinement. Des plantations massives d’essences exotiques, comme le pin de Douglass et le pin noir, ou indigènes, comme l’épicéa et le pin maritime, ont radicalement transformé la forêt française depuis la fin des années 50. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les photos satellites d’aujourd’hui avec les photos aériennes d’hier. Sur ces dernières, nulle trace de coupes à blanc et de plantations en rangs serrés ! Les coopératives forestières et les scieries géantes avancent sans faire de bruit. C’est en réalité une transformation en profondeur de forêts de feuillus vibrantes de vie en mornes plantations de résineux qui se cache derrière le milliard d’arbres annoncé par Emmanuel Macron !
Que faire ? Réaliser qu’une plantation de résineux est un site industriel stérile ! Nous opposer de toutes nos forces aux projets de scieries géantes et de chaufferies hors de proportion pour le bois énergie car la forêt ne pousse plus comme avant et la ressource est limitée. Et surtout assiéger nos législateurs pour abolir les coupes à blanc qui sont le moteur de cette transformation indésirable de la forêt.
Eric Feraille
Trésorier
Pilote des Réseaux Montagne et Juridique
Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes
Le Mardi 08 juillet 2025
https://www.fne-aura.org/actualites/region/quelle-foret-demain/
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