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Deux autorisations de tir létal en un MOIS : l’Ain est-il prêt à vivre avec le loup ?

Dans la phase de recolonisation que connait actuellement l'Ain, tuer un loup à chaque troupeau attaqué ne constitue pas une solution durable. D'autres voies existent pour une cohabitation équilibrée entre le loup et l'élevage.

Mercredi 15 mai 2024 Biodiversité

Pourquoi la préfète de l’Ain a-t-elle autorisé un second tir de loup quelques semaines après le premier ?

Suite à l’arrêté du 10 avril, un loup adulte mâle a été abattu dans la nuit du 30 avril au 1er mai sur la commune de Jujurieux. Triste première pour notre département, après plus d’un demi-siècle sans présence permanente du loup (jusqu’à l’installation d’une meute en 2023 sur la Haute-Chaine du Jura).

Suite à des attaques ayant touché le GAEC du Val d’Arvières, c’est un second « tir de défense simple » qui a été autorisé par arrêté préfectoral lundi 6 mai. Les personnes habilitées peuvent donc tuer tout loup s’approchant du troupeau.

Pourquoi FNE Ain dénonce-t-elle cet arrêté ?

La première autorisation de tir correspondait aux conditions exceptionnelles permettant de déroger au statut d’espèce protégée du loup : attaques répétées sur un troupeau malgré des moyens de protection, dont la présence de 5 chiens. FNE Ain ne s’y est pas opposée bien que l’abattage d’un loup ne soit jamais ni une bonne nouvelle, ni la solution aux difficultés des éleveurs.

Dans ce deuxième cas, les conditions sont loin d’être remplies. D’une part, les moyens de « défense » affichés dans l’arrêté (visites quotidiennes et mise en place de filets électrifiés sur certains parcs) ne sauraient être considérés comme une protection efficace contre un loup. La présence de chiens de protection en nombre suffisant et adaptés au territoire, ainsi que l’électrification systématique des parcs, sont indispensables.

D’autre part, le nombre d’attaques justifiant cet arrêté n’est pas clair. L’éleveur a déclaré une attaque probable de grand prédateur le 27 avril mais celle-ci n’a pas été validée par les services de l’État. La DDT avait communiqué aux membres du Comité loup, dont FNE, deux nouvelles attaques, dans les nuits des 2/3 mai et 4/5 mai. Or l’arrêté évoque des « attaques en date des 2 et 3 mai 2024 ».

Pourquoi les tirs de loup ne résoudront-ils pas le problème ?

Au-delà de ces comptes d’attaques, qui ont toute leur importance pour les éleveurs et éleveuses, FNE Ain est convaincue que les tirs létaux ne résoudront pas le problème. Les connaissances scientifiques sur l’espèce, de même que l’expérience de plus de 30 ans de présence du loup dans le Sud de la France (bien qu’avec un contexte local différent), nous fournissent de précieuses informations concernant la colonisation en cours dans l’Ain.

Ce sont majoritairement des individus solitaires et inexpérimentés (en dispersion) ou affaiblis (ex. malades) qui attaquent les troupeaux. Ces individus se retrouvent incapables de s’attaquer aux cerfs, proies naturelles de prédilection des meutes installées. Qui plus est, le comportement de « surplus killing » est favorisé par le manque d’expérience : face à l’affolement des ovins suite à une attaque, un loup, stimulé par ces proies courant en tous sens, peut tuer bien plus qu’il ne peut manger.

Abattre tout nouveau loup arrivant sur un territoire ne fait que libérer l’espace pour un nouveau loup isolé. Au contraire, la présence de groupes stables est bénéfique pour les écosystèmes forestiers et favorise la prédation des cervidés plutôt que celle des animaux domestiques. Qui plus est, une meute défendra son territoire contre la tentative d’installation de jeunes loups en dispersion.

Quelle autre voie FNE Ain défend-elle ?

Nous sommes pleinement conscient.es de la perte, de la charge de travail et du stress que chaque attaque entraine pour les éleveurs et éleveuses. Toutefois, pour une cohabitation durable et équilibrée entre le loup et l’élevage, FNE Ain défend le principe d’un retour pérenne du loup dans l’Ain. Cela ne peut se faire en laissant les éleveurs et éleveuses assumer seul.es ce bouleversement : aide de la collectivité, soutien de leur activité par nous tou.tes, consommateurs et consommatrices, sensibilisation concernant les chiens de protection pour que leur travail soit respecté par tou.tes, etc.

Afin de limiter les déprédations durant cette phase de transition, plusieurs pistes existent :

  • développer les moyens de défense pour une protection réellement efficace des troupeaux,
  • pratiquer davantage le tir d’effarouchement et développer les nouvelles méthodes de dissuasion (ex. olfactive, gustative), comme préconisé dans le Plan National d’Action Loup pour les fronts de colonisation,
  • accompagner les éleveurs et éleveuses en étudiant la situation de chaque élevage afin d’identifier comment défendre au mieux chaque troupeau selon ses spécificités ou en contribuant à la surveillance par des volontaires formé.es, grâce à des associations comme FERUS ou l’APACEFS,
  • apprendre aux usagers et usagères de la nature l’importance de la présence de chiens de protection avec les troupeaux et les bons comportements à adopter face à ces chiens, comme FNE Ain le fait via l’action Alpatous.

FNE Ain espère que le Comité Loup à venir (mercredi 29 mai) permettra des échanges constructifs afin de réfléchir, ensemble et à plus long terme, à la réussite de cette phase de réinstallation du loup dans l’Ain !

Contact presse

Marjorie Lathuillière

marjo.lathuilliere@yahoo.fr

06 48 71 38 84

QUI SOMMES-NOUS ?

France Nature Environnement – Ain (https://www.fne-aura.org/ain/) est une association « loi 1901 » reconnue d’intérêt général. Nous agissons pour mieux connaitre, protéger et régénérer la biodiversité. Dans cet objectif, nous accompagnons les humains, dans toute leur diversité, vers le changement de paradigme qui remettra le vivant au cœur de nos choix. Notre association est indépendante, financièrement et politiquement. Forte de 50 ans de connaissance du territoire et d’actions militantes, elle défend une vision d’un futur viable, vivable et enviable, par et pour la nature.

Pour aller plus loin

Publié par FNE Ain

Le Mercredi 15 mai 2024

https://www.fne-aura.org/actualites/ain/deux-autorisations-de-tir-letal-en-un-mois-lain-est-il-pret-a-vivre-avec-le-loup/

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