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Et la science dans tout ça ?

En ces temps d’incertitude où des décisions lourdes de conséquences doivent être prises pour contrer le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, la parole des scientifiques ne devrait-elle pas guider nos choix ?

Lundi 17 juin 2024 Biodiversité Climat

Chère amie, cher ami,

En ces temps d’incertitude où des décisions lourdes de conséquences doivent être prises pour contrer le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, la parole des scientifiques ne devrait-elle pas guider nos choix ? C’est en effet la seule boussole fiable, construite sur la somme des savoirs, sur des démarches expérimentales rigoureuses et sur des analyses solides. Les scientifiques nous ont donné l’alerte à temps, aussi bien pour le climat que pour la biodiversité. Ils ont tracé les voies pour limiter l’ampleur de ces crises et imaginer un futur désirable. Et pourtant, leur parole semble inaudible…

D’où qu’ils viennent, nos politiques ont une lourde responsabilité dans la surdité de nos sociétés. Leur formation scientifique est très modeste car les filières qui mènent à leurs carrières n’apportent qu’un menu bagage, notamment en biologie et physique-chimie, matières clés pour comprendre le vivant et ses interactions avec notre environnement. Certains considèrent trop souvent la science à la seule fin de servir outrageusement un projet de l’industrie et du commerce aux dépens d’autres intérêts politiques, notamment notre santé et notre intégrité physique et mentale. Nous avons tous en mémoire notre sinistre ministre de l’agriculture, déclarant à propos d’une décision de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) que les scientifiques n’avaient pas à décider de quoi que ce soit qui pouvait pénaliser « nos » intérêts économiques, enfin certains intérêts… N’était-il pourtant pas de bonne politique de suspendre l’autorisation d’utilisation d’un herbicide toxique contaminant massivement nos nappes d’eau ? D’autres (et vous les reconnaîtrez facilement) ne peuvent considérer la parole scientifique car leur discours est construit sur des assertions simplistes et des vérités alternatives faussement rassurantes. Les derniers (plus à gauche) clament s’appuyer sur la science mais restent dans l’incantation ou l’injonction, générant une réaction de rejet de la majorité de la population.

Les médias ont aussi leur part de responsabilités en donnant la parole à ceux qui tueraient leur propre mère pour accéder à la lumière des projecteurs. La cacophonie de l’épidémie de Covid a été lourde de conséquences et a profondément abîmé la parole scientifique. Mais qu’aurait pu dire un scientifique à part « je ne sais pas » ?

Les communicants des industries polluantes et destructrices de l’environnement ont eux aussi une lourde responsabilité. La stratégie du doute, qui mêle publications pseudo-scientifiques dans des revues douteuses et corruption de certains scientifiques qui font autorité dans leur domaine, est redoutablement efficace car elle renvoie toujours la décision à plus tard sur la base d’autres études, alors que la réponse est parfaitement connue ! L’amiante fut une terrible illustration du succès de cette stratégie.

Mais la responsabilité majeure ne revient-elle pas aux scientifiques eux-mêmes ? Car enfin, le dogme de la neutralité et la croyance bien ancrée que la vérité s’imposera sur la base de données irréfutables sont leurs pires ennemis ! La science n’est pas impartiale : les hypothèses testées sont des partis pris et des choix, les financements des projets impriment leur direction, les pensées dominantes influencent lourdement les thématiques choisies…

Confrères, consœurs, chers collègues, depuis quand le militantisme est-il un gros mot ? C’est bien vite oublier que les associations, que l’on qualifie avec un certain mépris de « militantes », sont nées des scientifiques. Eh oui, FNE est fille des professeurs du Muséum d’Histoire Naturelle et la FRAPNA est celle des professeurs d’écologie des Universités de Lyon, qui n’ont pas voulu rester les bras croisés à pleurnicher sur la Nature qu’on assassine ! Alors écologues, hydrologues, climatologues, glaciologues, géologues, zoologues et autres …logues de tout poil, sortons de notre assignation à résidence ! Ce que nous pensons être de la neutralité n’est que notre bâillon, enlevons-le et osons prendre la parole ! Expliquons au monde les enjeux qu’il doit affronter et montrons-lui que le chemin existe. Il ne manque que le courage de reprendre le pouvoir qui est le nôtre. C’est notre devoir de scientifiques.

Eric Feraille, Docteur en médecine, Docteur en biologie, Professeur de médecine fondamentale
Pilotes des Réseaux Juridique et Montagne de FNE AURA

Pour aller plus loin

Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes

Le Lundi 17 juin 2024

https://www.fne-aura.org/actualites/region/et-la-science-dans-tout-ca/

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