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Pesticides : le grand déni

Retrouvez l'édito de notre newsletter mensuelle. Ce mois-ci, Pesticides : le grand déni.

Vendredi 06 février 2026 Agriculture Zéro pesticide

La France est enfin championne du monde ! Mais de quoi donc ? Du nombre de cancers dans sa population. Une récente étude scientifique, publiée dans l’excellent journal The Lancet Oncology, met au grand jour cette triste performance. On avait pourtant tout fait pour éviter cette révélation en différant sans fixer de date précise la tenue d’un registre national du cancer. Cette première place est d’autant plus grave que l’incidence des cancers (nombre de nouveaux cas sur 10.000 personnes) monte en flèche et que des cancers jusqu’à présent inconnus chez l’adulte jeune apparaissent.

Pourquoi ? Les consommations d’alcool et de tabac, doublées de la pollution atmosphérique aux particules fines, sont comme toujours mises en avant par « l’establishment ». Ces éternels arguments ne résistent pourtant pas une seconde à l’analyse : la consommation d’alcool est en chute libre (au grand dam des viticulteurs), celle du tabac ne cesse de reculer et la désindustrialisation a considérablement réduit la pollution aux particules fines.

Alors pourquoi ? Peut-être tout simplement parce que ce que l’on appelle scientifiquement l’exposome – c’est-à-dire l’ensemble des polluants présents dans l’air, l’eau et notre alimentation – pourrait avoir des effets cumulés considérables… Nous baignons dans les PFAS, les PCB, la dioxine, les métaux lourds et surtout les pesticides agricoles, dont nous sommes un des premiers consommateurs mondiaux ! Ces pesticides dont l’utilisation augmente en vain malgré les milliards d’euros d’argent public dépensés dans les plans Ecophyto successifs !

Les pesticides empoisonnent non seulement la terre mais aussi les aliments que nous mangeons, l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons. En plus de leur toxicité environnementale avérée, nombre de ces substances, dites pudiquement « phytopharmaceutiques », sont Cancérigènes-Mutagènes-Reprotoxiques (CMR) ou perturbateurs endocriniens et parfois aussi PFAS (soit quasi indestructibles).

La maison est empoisonnée et nous regardons ailleurs :
🍎🥕 Combien de fruits ou de légumes vendus par telle ou telle enseigne sont contaminés par des résidus de pesticides au-delà des normes admises ? Par ici
💧 Combien de captages d’eau potable sont contaminés par les pesticides ? Par
Combien de fois l’eau potable distribuée au robinet est-elle contaminée par les pesticides ou leurs métabolites (produits de dégradation souvent aussi toxiques que la molécule mère) ? Par ici
☁️ Les pesticides sont aussi dans l’air et transportés sur de longues distances par les nuages, comme le démontre une étude récente [1] réalisée dans le Puy-de-Dôme.

Cette pollution est massive et ne concerne pas que la population rurale, particulièrement exposée dans les régions de grandes cultures, d’arboriculture et de viticulture. Cette pollution concerne également les urbains qui les mangent, les boivent et les respirent. Ceci, conjugué aux expositions chimiques ou radioactives professionnelles, constitue un cocktail détonnant qui peut sans doute expliquer cette triste performance de notre pays.

Plutôt que de casser le thermomètre en mettant l’ANSES [2] sous contrôle du Ministre de l’agriculture et par conséquent du lobby des pesticides (+ d’infos), en ignorant les rapports de l’administration centrale (+ d’infos) et les alertes des scientifiques (+ d’infos), il serait grand temps de prendre le taureau par les cornes et d’agir vigoureusement. Comment ?
👉 en taxant lourdement les pesticides,
👉 en interdisant la production des pesticides classés CMR probables, perturbateurs endocriniens ou de la famille des PFAS,
👉 en prohibant l’importation de produits traités avec des substances non autorisées en France,
👉 en interdisant la production de milliers de tonnes de pesticides, dont l’usage est interdit dans l’Union Européenne en raison de leur dangerosité pour la santé ou pour l’environnement et leur exportation vers des pays aux réglementations moins protectrices (+ d’infos),
👉 en écartant l’usage des pesticides des périmètres de protection de captages élargis,
👉 en réformant en profondeur le système de subventions agricoles en faveur de l’agroécologie,
👉 en redirigeant la recherche vers les techniques agronomiques et les variétés résistantes aux maladies, etc.

Tant de choses à faire si l’on donne la priorité à la santé publique et non aux profits à court terme de l’industrie chimique et des grandes coopératives agricoles. Dans une autre vie ? Non dans celle-ci, ici et maintenant !

Eric Feraille
Trésorier
Pilotes des Réseaux Montagne et Juridique
[Édito Newsletter mensuelle Février 2026]

[1] Angelica Bianco, Pauline Nibert, Yi Wu, Jean-Luc Baray, Marcello Brigante, Gilles Mailhot, Laurent Deguillaume, Davide Vione, Damien J. E. Cabanes, Marie Méjean and Pascale Besse-Hoggan, Environmental Science & Technology 2025 59 (40), 21579-21588; DOI : 10.1021/acs.est.5c03787.
[2] ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes

Le Vendredi 06 février 2026

https://www.fne-aura.org/actualites/region/pesticides-le-grand-deni/

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