Bassin annécien : encore des terres agricoles livrées à l’urbanisation
Le projet de Schéma de Cohérence Territorial (SCOT) du Bassin annécien était en consultation durant le dernier trimestre 2024, auprès des Personnes Publiques Associées. A ce titre, FNE Haute-Savoie a émis un avis très réservé sur ce projet.
Une surchauffe du Bassin annécien, quasiment hors de contrôle
2585 logements ont été construits chaque année entre 2013 et 2018 alors qu’il en était prévu 1530.
Cette croissance a considérablement aggravé la pression sur la qualité de l’air, sur la ressource en eau, sur les rivières, et l’ensemble des milieux naturels. Dans le même temps, le réseau routier est engorgé par un trafic en constante augmentation et l’insuffisance des alternatives collectives et douces.
Une crise du logement de plus en plus aigüe malgré l’inflation des constructions
Les résidences secondaires (plus 50 % en 10 ans) et les locations touristiques du type « Airbnb » accaparent le parc de logements. Les tarifs de l’immobilier (5000 euros le m² en moyenne à Annecy) qui s’alignent sur les revenus des frontaliers sont devenus inaccessibles aux revenus moyens et modestes. Les « actifs locaux » c’est à dire le personnel des entreprises, des services de santé, des commerces … doivent donc se loger de plus en plus loin de leur lieu de travail. Il s’ensuit même une pénurie de personnel dans l’administration et les entreprises.
Le SCOT prévoit d’artificialiser 438 hectares de terres agricoles alors que…
- L’artificialisation des terres est l’une des causes principales du dérèglement climatique et de la perte de biodiversité. Un territoire riche comme le Bassin annécien a le devoir de tout faire pour lutter contre ce dérèglement climatique et ne pas se reposer sur d’autres pour prendre les mesures nécessaires.
- La faiblesse de l’autonomie alimentaire du Bassin annécien (moins de 1 % dans le Grand Annecy) met en cause sa sécurité alimentaire. En cas de rupture des transports, le Grand Annecy ne dispose que de 3 jours d’autonomie. Elle entraine par ailleurs des transports massifs de produits alimentaires, générateurs de pollutions, qui aggravent le dérèglement climatique. Il est donc vital de réserver des terres au maraichage, aux cultures céréalières panifiables et aux légumineuses pour atteindre 10 % d’autonomie alimentaire en 2030.
- Une large partie du territoire est consacrée à la production de fromages en AOP et IGP. Les cahiers de charges imposent une autonomie fourragère des troupeaux et donc des surfaces de pâturages et de fauche importantes. Restreindre la surface agricole c’est contraindre un certain nombre de fermes à cesser leur activité.
Artificialiser 144 hectares pour des activités industrielles n’est pas indispensable ! Il est possible de répondre aux besoins des entreprises locales en utilisant les hectares à l’abandon et en densifiant les zones d’activités existantes : densifier en construisant verticalement les bâtiments et les parkings, développer la multifonctionnalité (en faisant cohabiter par exemple les logements, les bureaux et les commerces).
Une croissance de 66000 habitants créerait une pression insoutenable sur le milieu naturel :
- Une demande en eau potable accrue alors que la ressource disponible se fait rare (manque d’eau à Cruseilles et Rumilly) et qu’il est imprudent de trop miser sur le lac d’Annecy.
- Une importante augmentation du volume d’eaux usées. Les stations de traitements actuellement saturées se déversent notamment dans le Fier et les Usses, déjà de qualité médiocre.
- Une surcharge sur un réseau routier déjà encombré.
Construire 39870 logements sans régulation ne résoudrait pas la crise
Le manque de logements accessibles à la main d’œuvre locale est actuellement un problème social mais aussi un grave handicap pour les entreprises et les services qui n’arrivent pas à recruter le personnel dont elles ont besoin.
Le SCOT prévoit que 75 % des logements seraient à prix libres c’est à dire à des tarifs alignés sur les revenus des travailleurs frontaliers, donc inaccessibles à des salaires locaux.
Il est impératif de réserver deux tiers des nouveaux logements à des programmes aidés ou encadrés.
Appliquer la loi « ZAN » et la loi SRU n’est pas suffisant pour définir un SCOT à la hauteur de l’urgence climatique, sociale et économique que connaît le Grand Annecy. Le changement de paradigme souvent annoncé doit maintenant se traduire dans les faits par une politique volontariste.
Lire notre avis concernant le projet de SCOT du bassin annécien
Publié par FNE Haute-Savoie
Le Mercredi 29 janvier 2025
https://www.fne-aura.org/nos-avis/haute-savoie/bassin-annecien-encore-des-terres-agricoles-livrees-a-lurbanisation/
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