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Autoroute A412 : désenclavement ou destruction du Chablais ?

Le projet de l’autoroute A412 entre Machilly et Thonon est un dossier riche d’entêtement politique, de revirements, de désengagements mais aussi de fortes mobilisations citoyennes et du monde agricole, unis pour mieux contrer un projet qui augmenterait les émissions de gaz à effet de serre et qui détruirait de riches écosystèmes et zones agricoles.

Jeudi 28 mai 2026 Villes et territoires

Serpent de terre ou de mer ?

Ou comment les élus passent en force. 40 ans de rebondissements et deux victoires majeures contre les différentes incarnations de l’autoroute du Chablais imaginées par le Département de Haute-Savoie. Voir l’historique des projets

Le Chablais n’est pas enclavé, mais engorgé

Avec environ 2 000 nouveaux habitants chaque année, le territoire du Chablais, qui fait partie du Grand Genève, n’est aucunement enclavé mais engorgé, en lien avec la forte attractivité économique haut-savoyarde et genevoise. Les transports collectifs de masse (train, bus en site propre) et non pas un afflux supplémentaire de véhicules individuels voilà la réponse adaptée aux défis de la mobilité dans ce secteur. En répétant les erreurs du passé, nous ne ferions qu’augmenter le trafic routier et déplacer les bouchons.

Priorité aux alternatives plus propres

Ce projet fait fausse route et aggraverait la crise environnementale en augmentant les nuisances et pollutions, ainsi qu’en détruisant une biodiversité et des écosystèmes précieux.

Le Léman Express, entré en circulation en décembre 2019, est un immense succès plébiscité par les usagers. Il est déjà saturé dans le Chablais et des matériels roulants plus capacitaires sont en commande. Afin d’augmenter encore les capacités, il faudrait engager des travaux pour réaliser des points de croisement (un évitement long entre Saint-Cergues et Machilly et un autre à Mésinges, sur la commune d’Allinges). La desserte ferroviaire doit également être améliorée à l’est, avec la réouverture de la ligne ferroviaire Evian/Saint-Gingolph. Cet aménagement permettrait aux Eaux d’Evian de transporter davantage de bouteilles par le rail et de supprimer des centaines de poids lourds tous les jours sur les routes.

Les transports en commun doivent être renforcés, en particulier avec la mise en place de la ligne de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) tant annoncée et tant attendue entre Thonon et Genève, via Sciez et Douvaine.

Les aménagements cyclables, qui font défaut dans le Chablais, doivent être réalisés au plus vite pour mailler le territoire, notamment autour des gares. Des aménagements routiers ponctuels des voies existantes peuvent aussi être envisagés, en particulier pour la circulation des poids lourds, afin d’améliorer la qualité de vie dans les villes et les villages.

La mise en place de l’ensemble de ces solutions contribuera à réduire le trafic routier et rendra inutile la création d’une nouvelle infrastructure et ses impacts néfastes sur la santé, le climat, les espaces naturels et agricoles, tout en améliorant considérablement la mobilité dans le Chablais.

L’explosion des impacts environnementaux du projet A412

La publication de l’étude d’impact environnemental en avril 2026 a révèlé une aggravation majeure des conséquences du projet d’autoroute Machilly-Thonon par rapport aux impacts validés par la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) de 2019. Les surfaces artificialisées s’étendent désormais sur 180 hectares (+50 ha), dont 70 hectares de terres agricoles de qualité (+30 ha). Plus inquiétant encore, l’empreinte sur les zones humides bondit de 35 à plus de 55 hectares, faisant peser une menace directe sur la biodiversité locale et le cycle de l’eau.

Lire « A412 : une procédure expéditive de consultation pour passer en force »

Un territoire toujours plus dépendant de la voiture

Avec une proportion des déplacements en voiture de +10% à +15% par rapport à la moyenne nationale, le Chablais se distingue par une forte dépendance à la voiture individuelle. Le territoire accuse un retard significatif sur les transports collectifs, et plus encore sur les modes actifs (vélo et marche) qui ne représentent que 3 à 5 % des déplacements dans le Chablais, contre 12 à 14 % au niveau national. [Source : SIAC du Chablais, Observatoire de la mobilité de la Haute-Savoie et chiffres clés du Ministère de la Transition Écologique]

L’autoroute, une fausse bonne idée 

L’A412 accentuerait encore cette dépendance à la voiture et créerait de nouveaux besoins de déplacement, car le temps de trajet (et non la distance) est un facteur décisionnaire clé.

En reportant le trafic des RD903 (par Bons) et RD1005 (par Douvaine) vers l’autoroute, les usagers gagneraient localement du temps sur leur trajet, mais seraient coincés en aval, lorsque l’autoroute débouche sur le réseau local ou les douanes. C’est ce qu’on appelle l’effet entonnoir, générateur d’embouteillages déplacés plus loin.

De plus, l’amélioration du temps de parcours serait de courte durée. Avec l’augmentation globale du trafic, à l’horizon 2042, les temps de parcours routiers se dégraderaient à nouveau (augmentation de 6,5 minutes par rapport à 2019, soit 12,5 minutes de plus qu’à la mise en service de l’A412).

L’A412 aurait donc pour effet d’aggraver le problème de congestion ou de le déplacer. Vendue comme une solution miracle, cette autoroute pourrait vite se révéler être un échec, entraînant son lot de déceptions et de frustrations.

Des prévisions de trafic et de croissance démographique utopiques

Le projet table sur un trafic initial d’environ 22 000 véhicules par jour dès la mise en service de l’A412. Ce chiffre repose sur l’hypothèse d’un report massif, estimé à plus de 70% pour les trajets vers Genève, depuis les routes départementales (RD903 et RD1005), occultant certaines réalités géographiques.

Les reports et niveaux de trafic anticipés sont irréalistes par rapport à la situation actuelle. Avec 14 000 véhicules/j sur la RD903 en 2024 à Lully (près de Perrignier) et 20 000 à Sciez sur la RD1005 (près de Douvaine), comment 22 000 véhicules pourraient soudain surgir sur l’A412, d’autant que le tarif du péage serait un frein déterminant pour de nombreuses personnes.

Le report de trafic est donc sur-estimé, laissant croire aux riverains et utilisateurs des départementales que leur qualité de vie serait instantanément améliorée avec l’autoroute. Une affirmation outrancière, répétée depuis 40 ans, qui a fini par s’imposer et franchir le filtre de l’esprit critique. Une illustration de l’application de la stratégie du grand mensonge, une technique de manipulation de l’opinion publique qui suppose que plus un mensonge est énorme, plus il a de chances d’être cru par la population.

Les projections à long terme soulèvent également de sérieuses interrogations. À l’horizon 2048, l’étude prévoit un trafic de 45 000 véhicules/jour sur l’A412, un volume équivalent à celui de l’A40 au niveau du contournement de Genève (Saint-Julien–Archamps). Ce doublement du trafic suppose une croissance démographique et économique exponentielle du Chablais et du Grand Genève, portée par une dynamique frontalière estimée à +3,9 % par an entre 2020 et 2027, puis à un rythme soutenu de +8 % sur la période 2028–2035. Ce scénario impliquerait une urbanisation massive du territoire, entrant en contradiction frontale avec les objectifs de la loi zéro artificialisation nette » (ZAN) et au maintien de la qualité de vie des habitants.

Concurrence frontale avec le Léman Express

Le Grand Genève est l’un des rares territoires en France à bénéficier d’un service intégré de transports collectifs. Il a été le 2e territoire à bénéficier d’un RER (Réseau Régional Express) après l’Ile-de-France. Ce service transfrontalier Léman Express est un succès éclatant.

Le projet d’autoroute A412 est parallèle à la voie ferrée et risquerait de remettre en cause cette nouvelle dynamique en faveur de la mobilité durable et détourner des usagers du rail pour le remettre sur la route. À la mise en service de l’A412, l’étude d’impact environnemental prévoit d’ailleurs une baisse de la part modale des transports collectifs de 2 points. Le report donc d’une partie des voyageurs du rail vers la route.

Destruction de 180 ha de milieux naturels

Le tracé de l’A412 traverse des milieux naturels d’une extraordinaire richesse qui subiraient des impacts irréversibles et disproportionnés au regard des enjeux actuels. Sont concernées des zones agricoles ouvertes, des zones humides (habitats aquatiques, tourbières, bas-marais), des boisements, ainsi que des prairies, des formations arbustives, des haies et des roselières. De nombreuses espèces protégées seraient menacées, le projet compromettant gravement la connectivité écologique des sites, malgré la présence de passages à faune.

En poursuivant ce projet, les territoires du Chablais et d’Annemasse ne respecteraient pas leurs engagements en matière d’absence de perte nette de biodiversité, ni l’objectif de zéro artificialisation nette à l’horizon 2050 (en raison de l’urbanisation accrue que cette infrastructure générerait).

Impacts irréversibles sur les espèces protégées et leurs habitats

Si les enjeux sont qualifiés de très forts pour l’avifaune, les conséquences pour l’ensemble de la faune, y compris les espèces protégées, s’annoncent désastreuses. Le projet entraînerait la destruction d’habitats de reproduction essentiels pour des oiseaux nicheurs comme le Bruant des roseaux, mais affecterait le Chat forestier et aussi le Castor d’Europe, particulièrement sensible à la fragmentation des cours d’eau et à la dégradation des berges.

Par ailleurs, les lacunes méthodologiques de l’étude d’impact faussent l’état initial et minimisent la réalité des risques. Le risque de collision en phase d’exploitation est ainsi occulté, alors qu’il constitue une menace majeure pour les oiseaux. Cela concerne tant les rapaces nocturnes (Effraie des clochers, Chouette hulotte, Chevêche d’Athéna, Grand-duc d’Europe, Hibou moyen-duc, Petit-duc scops) que les rapaces diurnes (Buse variable, Faucon crécerelle, Épervier d’Europe, Milan noir et Milan royal). Le Martin-pêcheur d’Europe, pourtant identifié comme espèce à fort enjeu dans l’étude, reste particulièrement vulnérable à ce risque. Une étude souligne que les infrastructures linéaires de transport sont responsables de la mort d’au moins 10 % des mortalités observées chez le Martin-pêcheur.

Enfin, sans entrer dans une analyse juridique détaillée, les conditions cumulatives requises pour l’octroi d’une dérogation pour la destruction d’espèces protégées ne sont pas remplies. Cette analyse est corroborée par l’avis défavorable rendu par le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) sur ce projet.

Menaces sur les ressources en eau potable

Le captage d’eau potable du Bois d’Anthy constitue un enjeu majeur car le tracé du projet traverse ses périmètres de protection. Une augmentation des prélèvements (avec extension des périmètres) est par ailleurs à l’étude pour répondre aux besoins de la population. La nappe phréatique du vallon des Eply serait également exposée à des risques de pollution lors des phases de travaux et d’exploitation.

Le réseau des zones humides sacrifié

Le projet est situé sur un territoire principalement humide, où les prairies humides présentent un enjeu de conservation très fort. Malgré les mesures d’évitement et de réduction annoncées, ce sont pas moins de 56 hectares de zones humides qui seraient détruits par les travaux, un chiffre probablement sous-évalué au vu des lacunes de l’état initial. À cela s’ajoutent les impacts indirects sur les espaces de bon fonctionnement écologique de ces milieux.

Ces zones jouent pourtant un rôle crucial : elles assurent une régulation naturelle des crues par l’absorption des excès d’eau, participent activement à l’épuration des polluants, constituent des réservoirs de biodiversité essentiels pour de nombreuses espèces protégées et contribuent à la lutte contre le dérèglement climatique par le stockage du carbone. Leur destruction entraînerait donc une perte irréversible de services écosystémiques vitaux pour le territoire.

Impacts durables sous estimés sur les cours d’eau

Le projet implique le franchissement d’une quarantaine de cours d’eau et la modification du profil de 13 cours d’eau, avec un impact à la fois en phase d’exploitation et en phase travaux, souvent trop négligée dans les faits.Concernant les débits de cours d’eau, le secteur du genevois sera particulièrement touché par des étiages forts, qui tariront la plupart des cours d’eau ponctuellement au cours des prochaines années. Lors de la phase travaux, les prélèvements des eaux de surfaces et souterraines sont des jeux dangereux et peuvent aggraver fortement les conditions de basses eaux, au détriment de la faune aquatique et des usagers. De plus, les pompages dans nappe, dont un forage proche de Machilly devrait assécher une zone humide.

Or, les débits d’étiages retenus par l’étude d’impact environnementale pour les cours d’eau, semblent surévalués et irréalistes, permettant des prélèvements incompatibles avec le respect du bon état des cours d’eau et de la vie aquatique. Les enjeux sont particulièrement forts pour le Foron, le ruisseau d’Avully, le ruisseau de Gorge aval, le ruisseau de la Gurnaz aval, le ruisseau de Vernes aval et la Redon.

Ces débits n’étant pas réalistes, les reports de prélèvement risquent de s’effectuer sur les cours d’eau principaux, alors que ce sont des cours d’eau piscicoles avec de grands intérêts écologiques (les trois plus gros cours d’eau sont classés en liste 1, fort enjeu, accueillant des espèces patrimoniales). Le ruisseau de la Gurnaz, identifié comme un réservoir biologique essentiel, est particulièrement menacé par la construction de trois ouvrages successifs.

La pollution de l’air aggravée

La courte campagne de mesure réalisée montre qu’avec le projet d’autoroute, le polluant traceur de la pollution routière, le dioxyde d’azote (NO2), augmenterait globalement de 6% sur le territoire avec l’A412 par rapport à la situation actuelle, principalement à cause de la vitesse supérieure sur l’autoroute (110 km/h) . Ce résultat reste partiel, puisque l’étude ne modélise pas l’impact de l’augmentation du trafic généré par la facilitation de la circulation. Or, il sera conséquent et augmentera au fil des années.

De plus, la campagne de mesure a couvert des périodes trop restreintes, se limitant à quelques semaines en automne et au printemps. La panne d’un capteur a repoussé au mois d’avril, durant les vacances de printemps où la circulation est réduite, des mesures qui auraient dû être effectuées en hiver. Les résultats obtenus peuvent donc difficilement être considérés comme représentatifs de la situation réelle.Les valeurs limites de pollution de l’air seront durcies dès janvier 2030 afin de mieux protéger la santé.Il est fort à parier que l’augmentation de la vitesse et du trafic induit par l’autoroute, le territoire du Chablais dépasserait ces nouveaux seuils et devrait élaborer un plan de protection de l’atmosphère pour tenter de réduire cette pollution.

En Haute-Savoie, l’un des départements français les plus touchés, environ 1 décès sur 10 est causé par la pollution de l’air d’après une étude de Santé Publique France.

Des dépassements du seuil de bruit identifiés mais ignorés

Les valeurs réglementaires en matière de bruit seraient dépassées durant les travaux de l’A412 à Margencel, sans que des mesures de protection ne soient prévues. L’inquiétude majeure concerne surtout l’augmentation future du trafic lors de la phase d’exploitation de l’autoroute. Les seuils seraient effectivement dépassés sur les voies adjacentes, en particulier à Perrignier. Or, le concessionnaire se dédouane de toute responsabilité quant aux niveaux sonores sur ces voies secondaires.

Le bilan socio-économique biaisé

L’immense majorité des gains économiques provient de la valorisation des gains de temps (1,5 Md€ sur un total de 1,7 Md€). Or, cet élément est survalorisé en France dans ce type d’étude, une méthode d’ailleurs actuellement en cours de révision. Il en résulte un biais qui minimise les impacts socio-économiques négatifs du projet, tels que les conséquences pour les riverains (-41 M€), les nuisances sonores (-23 M€) et la pollution de l’air (-18 M€).

Des coûts supplémentaires à prendre en compte

La suppression de passages à niveau

Une Déclaration d’Utilité Publique (DUP) a été accordée pour la suppression de deux passages à niveau (PN) en lien direct avec le projet d’autoroute.

Celui de Perrignier, au droit de la route en provenance de Lully (PN65) sera purement et simplement supprimé, non pas en raison de sa dangerosité (il ne figure pas dans la liste des PN dangereux de la SNCF), mais à cause du passage de l’autoroute.

Le trafic supplémentaire généré par l’unique échangeur autoroutier de l’A412 prévu à Perrignier et par le transfert de la circulation du PN65 supprimé deviennent alors trop importants sur le passage à niveau restant (PN66) à la sortie de la gare. Sa suppression s’impose, avec la création d’un pont-rail à 2 voies (la ligne est à double voie en zone de gare), pour diriger le trafic routier sous la voie ferrée, dans la zone industrielle de Perrignier. Il faudra par ailleurs doubler les voies de circulation, créer deux ronds-points, exproprier davantage d’habitants et d’agriculteurs…

Dans ce secteur, un trafic autoroutier de plusieurs milliers de véhicules est attendu quotidiennement, se mélangeant au trafic de poids lourds et d’engins manœuvrant dans la zone industrielle.

Le coût de la suppression des passages à niveau sera généré par le projet d’autoroute privé à péage, mais sera financé par des fonds publics (notamment SNCF Réseau et le Département de la Haute-Savoie).

La création d’un pont-rail

La réalisation d’un autre pont-rail, à 1 voie, à Mésinges, est nécessaire pour permettre à la future autoroute de passer sous la voie ferrée. Son coût a été réévalué à plus de 30 millions d’€.

Les agriculteurs vent debout contre le projet

Pour les agriculteurs et agricultrices du Chablais, tous syndicats confondus, l’autoroute Machilly-Thonon c’est un grand NON, dessiné avec 50 tracteurs, le 22 juin 2024.

L’artificialisation galopante des sols fait régulièrement perdre des prairies du territoire limité de l’AOP du Reblochon sous les pelles des engins de construction. Elle a lieu à une vitesse vertigineuse dans le Chablais : 6 fois plus vite qu’en moyenne en France et 2 fois plus vite qu’en moyenne en Haute-Savoie.

Avec ce projet, ce sont 70 ha agricoles, dont 50 ha d’AOP Reblochon, qui succomberaient aux bulldozers. Chaque année, plus de 100.000 reblochons ne pourraient plus être produits localement, une perte économique insoutenable et irremplaçable pour l’ensemble de la filière agricole locale, puisque la zone de production de cette 2e plus importante AOP en France n’est pas extensible, elle est limitée aux montagnes de Haute-Savoie et au Val d’Arly en Savoie.

L’opinion publique évolue 

Alors que le Conseil départemental et que certains députés et sénateurs du département soutiennent ce projet coûte que coûte, certains élus locaux n’y sont plus favorables, mais n’osent pas s’exprimer publiquement à ce sujet, par crainte de perdre des financements dont leurs communes dépendent.

L’opinion des habitants du Chablais évolue également, comme le montrent plusieurs sondages ou évènements. En 2024 par exemple, plus de 5000 réponses à un questionnaire sur la mobilité dans le Chablais ont été reçues par les associations Mobilité Douce Chablais et FNE Haute-Savoie. Ces associations ont restitué ces réponses et annoncé des préconisations concrètes, devant une salle comble à Bons-en-Chablais en mai 2024.

Ce que disent les experts

Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a émis un avis défavorable et sévère concernant le projet d’autoroute A412 dans le Chablais. Quant à elle, l’Autorité environnementale (Ae) pointe plusieurs lacunes majeures et remet en cause la stratégie même du projet, car elle est ancienne et obsolète.

Lire « A412 : des contre-expertises officielles implacables »

Le Conseil d’Orientation des Infrastructures (COI)

Le COI, dans son rapport de février 2023, tout comme ses prédécesseurs, la Commission Mobilité 21 ou le Schéma National des Infrastructures de Transport (SNIT), ne classe pas le projet d’autoroute Machilly-Thonon comme prioritaire pour la France. Il rappelle au contraire que « le projet reste l’objet de fortes contestations en France comme en Suisse » et que « l’impact environnemental est très élevé, compte tenu d’une artificialisation forte et de nombreuses zones humides et de réservoirs de biodiversité affectés. »

La Cour des Comptes

Le 16 octobre 2023, les Cours des Comptes d’Auvergne-Rhône-Alpes, des cantons de Genève et de Vaud ont publié un rapport sur les mesures d’accompagnement au Léman Express de part et d’autre de la frontière. Il s’agit des projets de déplacement en rabattement vers les gares et de parkings pour les voitures et vélos pour accéder au train plus facilement. Or, plus de la moitié des projets accusent des retards et 12% d’entre eux ont été abandonnés, alors que le Léman Express comportait dès le départ ces deux volets.

Elles constatent que les élus des différentes collectivités peinent à fonctionner ensemble, voire freinent les projets alternatifs à la voiture. Cela renforce l’apriori bien ancré que seule une nouvelle voie de circulation peut résoudre les problèmes de mobilité dans le Chablais. En réalité, les projets alternatifs, lorsqu’ils sont réalisés, rencontrent un franc succès. Il faut amplifier leur mise en œuvre.

Un exemple probant a été la création de la voie verte Annemasse-Genève. Dès son ouverture, deux fois plus de personnes l’ont empruntée que ce que prévoyaient les estimations. Lorsque des pistes cyclables roulantes et sûres existent, elles sont plébiscitées, surtout actuellement, avec le recours aux vélos à assistance électrique permettant de couvrir des distances plus longues à vélo.

Publié par FNE Haute-Savoie

Le Jeudi 28 mai 2026

https://www.fne-aura.org/actualites/haute-savoie/autoroute-a412-desenclavement-ou-destruction-du-chablais/

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