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Hydroélectricité : en revenir à la raison !

Quels sont les véritables enjeux de l’hydroélectricité au regard de la transition écologique ? Nos experts font le point.

Lundi 24 janvier 2022 Eau Énergie

Les véritables enjeux de l’hydroélectricité au regard de la transition écologique sont d’accroître la production et de maintenir la pilotabilité et la souplesse d’intervention du parc existant, tout en améliorant son insertion environnementale (Fiche 4).  Cet objectif concerne quasiment exclusivement les 400 centrales appartenant au domaine public hydroélectrique, exploitées actuellement sous le régime de la concession.

Au lieu de cela, on assiste à un encouragement à la construction de petites centrales hydroélectriques sur les dernières rivières et les derniers ruisseaux qui ont un fonctionnement naturel. La production des plus petits projets bénéficie de tarifs d’achats élevés, soit par l’obligation d’achat (puissance inférieure à 500 kW) soit par un complément de rémunération (de 0,5 et 1MW) dans des contrats de 20 ans. Pour les projets de puissance supérieure (de 1 à 4,5 MW, seuil de la concession) des appels d’offre « petite hydraulique » sont prévus chaque année au moins jusqu’en 2024 dans le cadre de la PPE. Ils sont menés sans transparence (pas de réelle concurrence, choix discrétionnaire entre des réponses non connues). Ils excluent les aménagements des chutes sur les réseaux d’eau existants (adduction d’eau potable, assainissement…) de même que le turbinage des débits réservés alors qu’il s’agit d’équipements qui auraient peu ou pas d’impact supplémentaire sur les milieux naturels et qu’il conviendrait à ce titre d’encourager. Ils aident financièrement l’installation de microcentrales sur des seuils qui devraient être enlevés pour retrouver le bon état écologique des cours d’eau.

Pourtant, la part de la petite hydroélectricité promet une faible contribution dans les objectifs de la PPE (Fiche 2) en raison de son potentiel limité : le gisement est déjà utilisé à près de 95%. Le développement de l’hydroélectricité, en majorité sous la forme de centaines de petites centrales, y occuperait donc une place anecdotique. De plus, l’état critique de nos cours d’eau ne leur permet pas de supporter ce type de pressions supplémentaires (Fiche 1).

Au fil des appels d’offres « petite hydraulique », l’environnement naturel est de moins en moins pris en compte dans l’appréciation des projets à travers des critères relatifs et « à géométrie variable » [1]. Tout cela conduit bien souvent à de mauvais projets qui suscitent le rejet localement.

FNE AURA demande donc que l’action publique respecte deux priorités.

Priorité 1 : Stopper définitivement les nouveaux équipements de petite hydroélectricité

Le développement de la petite hydroélectricité au fil de l’eau n’a pas d’intérêt pour la souplesse de production, n’est pas compétitif face aux autres sources électrogènes renouvelables [2] et impacte fortement les milieux aquatiques. Les projets « pullulent » en particulier sur les têtes de bassin où leur impact est le plus lourd pour le cours d’eau [3].

Le développement de la petite hydroélectricité sur des chutes au fil de l’eau en site vierge doit être limité [4] et l’équipement des seuils existants doit être mis en balance avec leur effacement, en particulier lorsqu’ils perturbent les réservoirs biologiques et sur les cours d’eau habités par des espèces amphihalines. FNE AURA demande que l’aide à la petite hydraulique et en particulier ces appels d’offres soient suspendus sine die et que les fonds mobilisables soient redirigés vers les véritables priorités de la transition écologique.

Priorité 2 : Mettre le paquet sur la rénovation des sites existants, notamment les concessions qui représentent à elles-seules 90% du productible et 100% de l’hydraulique « pilotable »

Jusqu’aux années 60, dans notre production électrique, l’hydraulique faisait jeu égal avec le thermique (constitué alors de centrales minières au charbon que l’on n’hésitait pas à utiliser comme réserve tournante pour assurer les pics de consommation et des centrales au fuel qui sont restées compétitives jusqu’aux chocs pétroliers des années 70 et 80).

Le parc hydroélectrique concédé actuel a très peu changé depuis (dernières réalisations importantes : Grand Maison en 1985, Saint-Égrève en 1992 avant Gavet en 2020) et son âge moyen affiche la soixantaine. La majorité du parc hydroélectrique d’aujourd’hui, formé des 400 usines concédées, a donc été réalisé dans un contexte énergétique en tous points différent d’aujourd’hui. Les techniques de génie civil (l’essentiel des coûts) étaient très différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui, sans parler bien sûr des progrès techniques dans l’électromécanique. Certains ouvrages sont atteints par la « maladie du béton » et devront à terme être reconstruits (le Chambon sur la Romanche, Castelnau-Lassouts sur le Lot pour en citer deux, etc.). La valorisation de la production hydroélectrique était sans doute moindre que celle qu’on lui attribuerait aujourd’hui, d’où un certain sous-équipement de ces chutes anciennes.

Ceci est particulièrement vrai pour le Rhône qui représente 25% de la production hydroélectrique nationale. On ne peut qu’être frappé par le sous-équipement de tout le bas Rhône, en particulier les chutes les plus anciennes (Donzère-Mondragon, Montélimar, etc.).

Si les ouvrages devaient être réalisés aujourd’hui, on aboutirait à un parc bien différent.

Le potentiel de modernisation du parc existant, sa nécessaire adaptation à la transition écologique et au changement climatique sont une évidente priorité. La PPE indique un potentiel de 400 MW en puissance sans même faire état du productible, montrant que ce potentiel n’a sans doute même pas été évalué !

On peut constater que la modernisation d’anciens ouvrages comme ceux de Chancy-Pougny (Franco-Suisse) et de Verbois (Suisse) sur le Rhône ont conduit à des gains substantiels, tant en énergie (productible) qu’en puissance.

Il y a donc beaucoup à faire en matière d’hydraulique tout en diminuant les impacts sur l’environnement. Aussi, nous ne comprenons ni n’acceptons qu’aujourd’hui des fonds publics soient engagés pour détruire notre patrimoine naturel avec des infrastructures nouvelles en sites vierges, alors que la modernisation de l’existant reste en déshérence.

 

[1] Le cahier des charges est désormais établi en concertation avec les seuls usiniers.
[2] Depuis dix ans, on assiste à une chute spectaculaire des coûts dans l’éolien et plus encore dans le photovoltaïque face à un renchérissement des coûts sur la petite hydraulique (raréfaction des sites favorables, augmentation des coûts de main d’œuvre pour le génie civil…). D’après la PPE 2020, le MWh de petite hydraulique nouvelle oscille entre 70 et 160€ (160€ pour les moulins convertis en centrales hydroélectriques) face à des coûts inférieurs à 50€ pour les derniers appels d’offres photovoltaïques (perspective 2028, 40€ au sol et 60€ sur toiture d’après la PPE 2020) voire pour l’éolien (perspective 2028, 55€ pour de l’éolien au sol et 44€ par exemple pour l’éolien maritime posé à Dunkerque d’après la PPE 2020). A moyen terme il ne faut rien attendre de la petite hydraulique dont les améliorations après plus de 100 ans d’existence ne peuvent être qu’incrémentales alors que l’éolien et surtout le photovoltaïque conservent un potentiel d’améliorations de rupture considérable.
[3] https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/20200422%20Programmation%20pluriannuelle%20de%20l%27e%CC%81nergie.pdf (Page 115). A ce sujet, on ne peut que regretter l’incitation à la recherche d’une pseudo autonomie électrique instaurée par les démarches de type TEPOS / TEPCV (Territoires à énergie positive pour la croissance verte) qui s’opposent par une priorité à la relocalisation des sites de production au choix des sites les moins sensibles alors même que la possibilité de transporter l’électricité est maîtrisée depuis belle lurette (en 1906, les tramways de Lyon étaient alimentés par une centrale hydroélectrique de Tarentaise à 150 km de là ! Quelle régression ! Quelle absurdité !)
[4] FNE a été consultée sur un certain nombre de sites non équipés en vue d’appels d’offres « concessions » (dont la procédure nous semble bien préférable à celle suivie pour les « autorisations » tout en regrettant l’absence de transparence sur les offres faîtes dans les deux cas), mais nos propositions n’ont jamais reçu de réponse à ce jour.

Pour aller plus loin :

Publié par FNE Auvergne Rhône Alpes

Le Lundi 24 janvier 2022

https://www.fne-aura.org/publications/region/hydroelectricite-en-revenir-a-la-raison/

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